AMC Gremlin 1970-78

Pour partager :

Il n’y avait pas grand difficulté à identifier la voiture mystère de la dernière édition : c’était évidemment une AMC Gremlin, une des voitures le plus facilement identifiables des années 70. Cette notoriété était toutefois causée par sa ligne peu orthodoxe, une ligne qui devait beaucoup aux maigres ressources d’AMC pour le développement de nouveaux modèles. En effet, la Gremlin était une compacte Hornet dont l’arrière avait été abruptement tranché pour en faire une sous-compacte rivale des Coccinelle, Vega et autres Pinto de l’époque. Si j’en ai fait l’objet de cette rubrique, c’est que j’en garde un bon souvenir : non, je ne l’ai jamais conduite, mais j’en ai construit plusieurs modèles réduits dans ma jeunesse, et ce sont ces modèles fortement colorés et bariolés de décalcomanies dont je me souviens avec bonheur. Mieux, AMC avait alors un partenariat avec Levi’s, le célèbre fabriquant de jeans, et certaines de ces Gremlin (et quelques Jeep) ont alors eu droit à des versions spéciales dont la particularité était d’arborer une sellerie en simili-jeans !

Comme les années 70 ont été un véritable étouffoir à performances, les constructeurs ont tenté par tous les moyens de pimenter leurs modèles, et les ensembles de décalcomanies ont alors fleuri. AMC était largement le meilleur à ce jeu, et la Gremlin a donc eu droit à de nombreuses bandes décoratives sur les flancs, le capot et la face arrière. Chaque année où presque aura vu passer une nouvelle décoration, ce qui fait que la Gremlin aura été produite pendant 9 ans sans refonte mais que chaque millésime est unique. Pas mal pour une voiture pas nécessairement jolie, dont la plateforme n’était absolument pas moderne même à son lancement et qui n’offrait pas beaucoup plus qu’un prix d’achat serré et une image iconoclaste. Sur le plan des performances toutefois, la Gremlin était rapide (pour l’époque s’entend) grâce à ses moteurs costauds : trois six cylindres en ligne de 3,3, 3,8 litres ou 4,2 litres, et même un V8 de 5,0 litres. Les puissances variaient de 100 à 150 cv, des valeurs bien faibles aujourd’hui mais conséquentes si on les compare à celles de la Coccinelle (54 cv dans sa meilleure version) ou la Vega (80 cv).

Durant sa période de gloire donc, la Gremlin avait le don de polariser les avis : horreur pour les uns, sympathique pour les autres, sportive pour les jeunes mais solide pour les parents, économique à l’achat mais vorace à la pompe, fiable pour les mécanos mais désuète pour les techniciens. Moi je l’ai toujours trouvé sympathique, presque honnête, pimpante, et même jolie lorsque vue de trois quarts arrière. Les petits feux sur la face arrière parfaitement plate ont quelque chose de pur, d’efficace, de bien dessiné. Je rêve du jour où un constructeur aura de nouveau cette audace (ou cette inconscience, c’est selon…) de produire quelque chose d’aussi original. La Nissan Cube en est l’héritière aujourd’hui pour l’originalité, mais son dessin est trop « réfléchi » pour avoir l’impertinence de la Gremlin. Et ce nom : le « gremlin » est un gnome, un lutin malicieux qui fout le bordel dans la mécanique des avions et dont l’origine remonte aux années 1920. C’était le bouc émissaire fictif pour les nombreuses pannes inexpliquées qui affectaient les aéronefs de cette époque. Curieux nom pour une voiture, surtout que celle-ci n’a absolument pas été affectée par des « gremlins », sa grande fiabilité et la solidité de sa construction étant deux de ses qualités.

671,475 Gremlin auront été fabriquées avant qu’AMC ne la redessine légèrement et lui donne un nouveau nom : Spirit. Si on ajoute la production de cette voiture (192 000 exemplaires de 1979 à 1983) à celle de la Gremlin, c’est dire que la sous-compacte d’AMC aura atteint été vendue à plus de 850 000 exemplaires en 14 ans. Pas mal pour quelque chose d’aussi improbable.

Le Blog Auto

Pour partager :