Audi A8 2009

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La langue française compte plus de 35 000 mots, mais quelquefois on dirait qu’elle en propose beaucoup moins. Prenez par exemple l’expression « toute équipée » : on la retrouve partout dans les publicités automobiles québécoises, le plus souvent pour désigner qu’une voiture est dotée de quelques équipements de base, comme la climatisation et les glaces à remontée électrique. Il faut dire qu’à une certaine époque pas si lointaine, je parle des années 1980, ces deux équipements étaient souvent optionnels, et que cette expression avait donc une certaine valeur. Et encore, car dans « toute équipée », il y a le mot « tout », un mot qui ne porte pas à confusion. « Tout », ce n’est pas « presque tout », encore moins « tout ce qui importe », et ne signifie donc rien d’autre que « la totale ». Une voiture « toute équipée » est donc une voiture qui est sortie des chaines de montage avec l’ensemble des options disponibles au moment de sa construction. Point. Sémantiquement, du moins, par que commercialement, le discours n’est pas aussi limpide.

Ce qui m’a fait réaliser cette aberration langagière, c’est que je sors d’une Audi A8, et que je cherchais une façon de la décrire à des proches. Si une banale Cavalier avec climatiseur et glaces électriques est qualifiée de « toute équipée », alors que dire le cette berline dont l’équipement, de série comme optionnel, nécessite un catalogue de 38 pages ? Oh, il est bilingue le catalogue, mais quand même, 38 pages… Pourtant, ma voiture d’essai était la version de base, prix de 95 000$, et les seules options sélectionnées étaient les roues de 19 po (2750$), l’interface pour iPod (275$) et le sac pour les skis (250$). La version vraiment toute équipée coûterait théoriquement 21 000$ de plus, et cela, c’est toujours la version à empattement régulier et moteur V8. Parce qu’il y a une version à empattement allongé et moteur W12, et celle-ci peut atteindre 192 000$ quant elle est vraiment, vraiment toute équipée. Alors, comment qualifie-t-on une voiture de base du genre de cette A8 mais dont l’équipement est si complet que je n’aurai pas assez  de ces pages pour le décrire ? Plus qu’équipée ? Trop équipée ? Suréquipée ? Ridiculement équipée ? Exagérément équipée ? Moi, j’aime bien l’expression « équipée à mon goût ».

Alors, à tout seigneur tout honneur ; faisons ensemble le tour du propriétaire de cette immense berline dont la carrosserie monocoque est constituée d’aluminium, tout comme une grande partie de la mécanique. Sur le plan du confort et des équipements intérieurs, ma Audi A8 offrait la climatisation régulée à deux zones, la sellerie complète en cuir et Alcantara (un suède synthétique fort joli), les sièges chauffants à l’avant et à l’arrière, la colonne de direction à réglage motorisé, boiseries véritables, système de navigation à écran escamotable, des portières et un couvercle de malle à fermeture assistée, l’accès et le démarrage sans clef, le frein d’urgence à commande électrique, etc. Ça, c’est l’équipement de série.

Toute équipée donc ? Non, pas vraiment car on peut toujours rajouter la climatisation régulée à quatre zones (900$), le vitrage latéral à double épaisseur (900$), le ciel de toit en Alcantara (2250$) et le châssis sport (3900$). Si vous n’en avez pas assez, alors sélectionnez la version A8L à moteur W12 (166 400$) et vous profiterez ainsi du lecteur DVD à l’arrière, des sièges avant à ventilation et massage, du tableau de bord recouvert de cuir, des rideaux latéraux et arrière motorisés, ainsi que des sièges arrière à réglage électrique. Et il y a toujours les options individuelles : toit à panneau solaire (1200$), réfrigérateur à l’arrière (2100$), chaine sonore Bang et Olufsen (7800$), régulateur de vitesse adaptatif (2900$), sellerie de cuir intégrale cousue à la main (17 000$).

Malgré cette débauche de systèmes et d’assistance, et son prix pour le moins élitiste, la Audi A8 2009 n’est absolument pas intimidante. La technologie est bien intégrée, l’ergonomie est « normale », la visibilité est excellente. Il y a bien quelques irritants : l’interface MMI est lente (elle sert à naviguer dans les divers menus de la navigation, la climatisation, la suspension pneumatique, la téléphonie et la chaine audio), la console central est lisse et large et les espaces de rangements sont trop peu nombreux. D’un autre côté, la finition n’est rien de moins que parfaite : par exemple, les pochettes vide-poche dans les portières se déploient avec un mouvement amorti, elles sont éclairées et doublées en tapis et leur bord est cintré de métal poli. Du travail d’orfèvre.

C’est bien beau tout cela, mais une voiture est avant tout faite pour rouler, et cette Audi A8 offre des sensations que peu de gens connaitront, car elle est une des rares voitures à proposer une coque en aluminium et une suspension pneumatique. Ces deux caractéristiques rares rendent la Audi A8 2009 extrêmement solide tout en étant résolument souple ; on peut deviner que les roues suivent les aspérités de la route, mais on ne les sent pas. Et pourtant, jamais la voiture ne se couche ni ne semble désarçonnée, même dans les manoeuvres rapides. Cette combinaison de ressorts pneumatiques et d’amortisseurs à fermeté variable est vraiment bien calibrée.

Le rouage moteur est fait du même bois : le V8 de 4,2 litres et 350 cv à injection directe est costaud sans être musclé. Il emmène la Audi A8 2009 avec vigueur, il adore grimper dans les tours et sa sonorité discrète est composée de tonalités agréables et riches, mais toutes en douceur. C’est un peu comme si on écoutait un chanteur à la voix puissante à travers une lourde porte de bois ; les notes sont là, simplement moins fortes. Le 0-100 km/h est abattu en un peu moins de 6 secondes, la vitesse de pointe est limitée électroniquement à 210 km/h, et la consommation en carburant atteint les 16,4 L/100km en ville et 10,4 L/100km sur route, selon Transport Canada. Moi, de mon côté, j’ai consommé 49,6 litres pour 225 km, en ville et en hiver ; cela donne tout de même 22 L/100 km, une consommation en accord avec les 2000 kg de la bête.

La boite de vitesses automatique à six rapports fait un excellent travail en se faisant oublier la plupart du temps. Sa gestion adaptative (ce qui veut dire qu’elle observe le style de conduite du conducteur et adapte ses lois de gestion en conséquence) est bien réglée car rarement ressent-on le besoin de choisir soi-même les rapports. Le rouage intégral permanent de la Audi A8 2009 fait toujours appel à trois différentiels, dont le central est un autobloquant à mécanisme épicycloïdal, et la voiture est drôlement efficace sur les chaussées grasses de nos hivers. C’est vraiment le meilleur système dont j’ai fait l’essai en hiver, mais il coûte cher à produire et fait grimper les cotes de consommation, si on le compare aux systèmes réactifs offerts ailleurs. Mais je ne crois pas que l’argument économique ait quelque résonance aux oreilles des acheteurs de ces limousines. La direction à assistance variable adopte les réglages de la version S8 depuis l’an dernier pour une meilleure communication mais on ne peut toujours pas dire que le dialogue soit très clair ; l’assistance est toujours trop présente à mon goût. Le freinage est généreusement dimensionné mais les récentes températures polaires m’ont empêché de le mettre à l’épreuve.

Bon, à 100 000$ en version « non-équipée », la Audi A8 2009 se devait d’offrir des prestations exceptionnelles ; il aurait été gênant que ce ne soit pas le cas. Néanmoins, le plus surprenant est la simplicité d’opération de cette grande berline ; on y trouve tout de suite ses marques et ses réactions sont pour le moins conventionnelles, même si son comportement feutré laisse toute de suite savoir que ce n’est pas une voiture normale. Toutes les petites attentions sont impressionnantes mais on s’y habitue très vite. C’est quand on est de retour dans une voiture populaire qu’on réalise vraiment que la technique automobile est en constante évolution, surtout du côté des équipements dans la cabine.

Pour nous, gens normaux, il ne suffira alors que d’attendre quelques années pour goûter pleinement à tout ce luxe car les Audi A8 sont toujours peu populaire sur le marché de l’occasion et leur valeur tombe rapidement. La faute incombe principalement à sa coque en aluminium, coûteuse à réparer et donc chère à assurer, et à sa grande complexité technique qui effraie les néophytes incapables de remplacer une simple ampoule. Mais comme se sont des voitures fiables et généralement bien entretenues, le risque est faible. Avec son immense cabine et sa gargantuesque malle arrière, une Audi A8 de quelques années ferait une excellente voiture familiale, luxueuse et rassurante, même si ce devait être une version comme celle-ci dont on ne peut malheureusement dire qu’elle est « toute équipée ».

Vidéo Audi A8 2009

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