Automobile le tout électrique arrive

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On y vient à toute allure, comme si les États avaient définitivement compris que la voiture électrique était le véhicule de l'avenir, propre à déjouer un pétrole cher, propre surtout à lutter contre le réchauffement climatique causé par nos émissions de CO2.Il est vrai que les gouvernements n'ont plus le choix. Pour tenir leurs engagements de réduction des rejets de dioxyde de carbone à échéance 2020, les constructeurs doivent
donner un sérieux coup d'accélérateur à leurs projets. Fini la course à la vitesse et à la puissance. Les enjeux des marques sont ailleurs, conscients que l'usage de la voiture est, lui aussi, profondément repensé.

Le Japon prédit que, d'ici vingt ans, une voiture neuve sur deux vendue sera hybride, tout électrique ou fonctionnera avec une pile à combustible. Dernièrement, l'Allemagne annonçait à son tour qu'elle adoptait un programme visant à lancer un million de véhicules électriques sur les routes, sans toutefois envisager de budget particulier, au grand dam des écologistes. Et Obama vient de dévoiler un plan doté de 2,4 milliards de dollars pour financer 48 projets. Mais ne nous leurrons pas : derrière ce pari louable et durable, se cachent de colossaux enjeux. Le défi est de pouvoir contrôler au niveau mondial de la technologie-clé de la prometteuse batterie ion-lithium, réputée plus légère et de grande capacité. Mais il faut surtout que la voiture électrique soit plébiscitée par le consommateur. Le succès viendra d'abord des flottes d'entreprises, des grandes administrations et des loueurs, seuls capables, au moins au démarrage, de garantir des constructions en série.

C'est pour quand ?

Pas avant dix ans. Les experts estiment que le marché de la voiture électrique atteindra à cette date sa pleine phase de maturité. C'est aussi le temps que se donnent les industriels pour mettre au point des batteries les plus sophistiquées possibles, en tirant au maximum les prix vers le bas. Mais la course est déjà lancée, même si ce mode de motorisation fait encore pâle figure. Pour le moment, les efforts se concentrent surtout autour de la voiture à moteur hybride ou à «zéro émission» sans CO2, pas de particules ni de monoxyde de carbone ou d'azote. Dès 2012, Renault aura mis en vente des voitures électriques en Israël, au Danemark et au Portugal.

Ça coûtera combien ?

Les premiers prix tournent autour de 22 000 $. Le surcoût d'un système hybride est de 5000 à 6000 dollars, et pourrait passer au mieux à 4000 dollars dans quelques années. On n'est toujours pas dans un marché de masse et c'est bien ce qui freine les constructeurs. Sans coup de pouce des États, l'investissement se révélera très lourd. En visant 10% du parc auto en 2020, il faudrait produire 300 000 voitures par an. Mais êtes-vous prêt, à prix comparable, à acheter une voiture électrique.

Pourquoi ça pourrait bloquer ?

L'arrivée de la voiture électrique n'est pas neutre. On peut imaginer quel sera le manque à gagner en taxes sur les carburants pour l'état. Tout comme on évalue déjà les pertes colossales pour l'OPEP. Les constructeurs doivent consentir aussi des investissements énormes pour assurer leur reconversion. Sans parler des autres lobbys qu'il faudra contourner.

Autre obstacle, technique cette fois, celui de l'énergie. Un véhicule électrique, dont l'autonomie ne dépasse pas 300 km, a besoin d'une batterie qui se recharge en une nuit. On travaille désormais sur des systèmes rapides, de l'ordre de la demi-heure. Trop long par rapport aux 10 mn nécessaires pour remplir son réservoir. De plus, une batterie une capacité énergétique modeste par rapport aux hydrocarbures liquides.

Moins de pollution, mais un silence dangereux

Elle est idéale pour purifier l'air de nos villes. Si la voiture électrique vient à s'imposer progressivement dans notre paysage urbain, on peut aisément imaginer le profit qu'en tirera la qualité de l'air. En la matière, les villes ont encore beaucoup à faire. Mais alors même que la voiture électrique commence à intéresser les constructeurs, certains n'hésitent pas à évoquer les risques provoqués par le… silence du moteur. Le développement des motorisations hybrides et électriques a augmenté involontairement le risque de collision avec un piéton. Il est vrai qu'en roulant à 50 km/h, une voiture, électrique ou pas, expose aux mêmes dangers. Le problème a été soulevé aux États-Unis où des sénateurs défendent la situation particulière des personnes non-voyantes lorsqu'elles traversent des rues.

Vélo, auto, moto : rouler électrique, c'est déjà possible!

Les vélos à assistance électrique (VAE) ont le vent en poupe. Alternative séduisante aux scooters, ils permettent d'être secondé par un moteur électrique fonctionnant sur batterie. Le sur-poids de cette dernière va de 5 à 15 kg pour une autonomie de 20 à 50 km.

Rouler en voiture électrique est un vieux rêve qui remonte à la fin du XIXe siècle. Supplanté par la voiture à essence, il faut attendre les années 60 puis les années 80 pour retrouver l'idée. Réservées à de grandes entreprises ou des collectivités territoriales, les voitures électriques adaptées de modèles essence sont chères, peu autonomes. La technologie hybride (moteur essence + moteur électrique) a ravivé l'intérêt de rouler électrique et l’idée a été repris par d'autres constructeurs (Lexus, Nissan, Ford, Honda, etc.) et General Motors mise gros sur sa Chevrolet Volt. Après les berlines et les 4x4, Toyota pourrait lancer une citadine Yaris hybride.

L'avenir reste toutefois à la voiture électrique à 100 %. Les progrès de la recherche sur les batteries au lithium ont permis l'émergence de petites citadines, comme la Think-city, ou la Mitsubishi iMiev, mais aussi de superbes coupés sportifs comme ceux de la marque américaine Tesla, très prisée des stars d'Hollywood, aidé par l'administration Obama et qui a dégagé en juillet pour la première fois des bénéfices. La voiture à hydrogène (pile à combustible), qui éviterait tout rechargement de batterie, reste encore au stade expérimental chez BMW, Fiat ou Honda.

Philippe Rioux • La Dépêche

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