Édito – VOL.13 ÉD.13 – JUILLET 2009

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Le mot de la Rédaction :

Depuis une douzaine d’années, on assiste à un phénomène unique dans l’histoire de l’automobile : la naissance de voitures modernes inspirées fortement du passé. Les exemples abondent : Volkswagen New Beetle et Jaguar S-type (1999), Chrysler PT Cruiser (2000), Ford Thunderbird et MINI Cooper (2002), Nissan 350Z (2003), Ford Mustang, Chevrolet HHR, Chrysler 300C et Ford GT (2005), Toyota FJ Cruiser et Jeep Commander (2006), Dodge Challenger (2008) et Chevrolet Camaro (2009). On pourrait même compter les MINI Cooper 2007 et Mustang 2010 qui continuent le thème rétro de la précédente génération, et qui sont donc les premières de la série à obtenir une évolution, une deuxième chance.

Mais pourquoi un tel engouement ? Pourquoi les constructeurs cherchent-ils dans leur gamme du passé des inspirations pour leurs futurs modèles ? Est-ce un manque d’inspiration ? J’en doute fortement. J’y vois plutôt une habile tentative de la part des services de mise en marché des constructeurs pour conquérir une clientèle nostalgique, une clientèle fortunée, une clientèle dont les enfants ont quitté la maison. Ce sont évidemment les baby-boomers, ces enfants nés après la dernière Grande Guerre (de 1945 à 1960) et qui ont vécu leur jeunesse à l’époque des versions originales de ces voitures rétro. Maintenant qu’ils sont à la retraite, où qu’ils y arrivent, ils veulent revivre leurs folles années de jeunesse, et l’automobile est une excellente façon de l’évoquer.

Assisterons-nous à la perpétuation de cette mode ? Aucun doute dans mon esprit. Les gens de la génération suivante, c'est-à-dire la mienne, désirent eux aussi accéder à ces paradis artificiels automobiles. Si certains comme moi y arrivent en se procurant une ancienne de la période suivante, les années 1970 et 1980, ce n’est pas le lot de tous. Rouler en ancienne demande du temps, de l’argent, et de la débrouillardise. Et un brin d’inconscience. C’est pourquoi je ne serai pas surpris si on voit apparaître bientôt des voitures modernes s’inspirant fortement de ces années, même si cette période n’était pas la plus glorieuse de l’histoire automobile. Si, dans les faits, les ancêtres de la 350Z et de la Challenger ont été lancées au début des années 1970, elles faisaient toutefois partie des voitures sport des années 1960, ce n’étaient que les dernières de la série.

Mais comment s’assurer un succès commercial ? Comment faire renaître l’engouement pour la New Beetle ou la PT Cruiser, mais avec des modèles comme la AMC Pacer, la Chevrolet Vega ou la Datsun B210 ? Parce que la route de la nostalgie est jonchée de cadavres encore chauds, de modèles n’ayant pas trouvé leur public. De quoi faire peur aux designers actuels, la plupart étant issus de cette génération. La première règle est de coller le plus possible à l’original, autant en style qu’en performance, en maintenant le tarif au plus serré. La New Beetle, la MINI Cooper, la Ford Mustang (2005) ou la PT Cruiser ont toutes été conçues comme des évocations très proches de l’originale, et leur prix de vente était fort abordable. Il faut, en somme, assumer son originalité stylistique mais dans un nouveau contexte. Ni la New Beetle ni la MINI ne jouent le rôle ingrat de voiture populaire à prix modique, comme leurs aïeules, et la Mustang ne cherche pas à rééditer le succès de la version originale 1964, trop iconique, mais plutôt celui de la version 1967, moins populaire et dont l’héritage est donc moins lourd.

Aussi, il faut que la voiture inspiratrice soit une icône forte, une personnalité en soi. Coccinelle et Mini Austin, Camaro, Challenger et Mustang, même la 240Z ou la Toyota Land Cruiser ont suffisamment marqué leur époque et leur marché pour mériter une réédition. Si je doute fortement que les petites voitures économiques méritent une version rétro-moderne, je verrais d’un bon oeil une version 2012 de la Toyota Celica, de la Datsun 510, de la Renault 5 ou de la Volvo 140, des voitures fort populaires durant les années 70 et qui ont laissé un beau souvenir. Pour la Celica, c’est facile, on suit fidèlement la recette de la Mustang : copie conforme, tarif très serré, équipement et plateforme modernes. Pour les 510 et R5, on suit la recette New Beetle et MINI : même style, mais on vise la clientèle des célibataires sans enfants, on oublie l’habitabilité au profit du style et de l’originalité. Pour la Volvo, c’est plus compliqué. On ne refait pas la berline, trop fade, ni la version GT turbo à deux portières, on tente le coup du grand break carré mais en lui donnant les moyens de se défendre dans le marché actuel. Donc, plateforme à quatre roues motrices, moteurs diesel costauds, équipement relevé. On pourrait partir de la Ford Flex, elle-même dérivée de la Volvo S80, ce serait une jolie façon de boucler la boucle.

Jouer au futurologue est un jeu dangereux. Mais tenter de recréer l’histoire est encore plus dangereux, le succès étant loin d’être garanti. S’il est indéniable que le passé est encore amené à être évoqué dans les futurs modèles, après tout c’est une façon facile de bâtir une notoriété pour un nouveau produit, personne ne sait quelle forme future cette évocation prendra. Ce qui me fait dire que la prochaine vague de voitures rétro-modernes sera complètement différente de l’actuelle, et que mes talents de futurologue seront tournés en dérision quand on lira ce texte dans quelques années.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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One thought on “Édito – VOL.13 ÉD.13 – JUILLET 2009

  • 15 juillet 2009 à 10 h 09 min
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    Et moi j’attend le retour de la Capri

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