Édito – VOL.13 ÉD.18 – SEPTEMBRE 2009

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Le mot de la Rédaction :

Quelquefois, la plate réalité ne laisse même pas le temps au rêve de pointer son nez assez longtemps pour qu’il puisse avoir une chance de se réaliser. J’ai vécu un de ces moments le week-end dernier, alors que j’assistais au Vintage Grand Prix Festival de Watkins Glen, dans l’état de New York. Cette célébration annuelle est la grand-messe des courses de voitures anciennes, à tel point que des voitures d’aussi loin que la Californie et la Floride ont fait le déplacement pour pouvoir courir quelques petits tours sur le fameux circuit routier « The Glen ». On y retrouve de tout, des petites voitures britanniques à faible cylindrée jusqu’aux fabuleuses voitures des défuntes série Trans-Am et Can-Am des années 60-70. Au contraire du Sommet des Légendes de Tremblant, en juillet, pas d’anciennes F1 et c’est très bien comme cela. L’accent est mis sur les voitures américaines et britanniques, avec bien sûr aussi une grosse délégation d’allemandes (surtout des Porsche, sous toutes les formes), et quelques italiennes. Il devait bien y avoir plus de 300 anciennes voitures de course, et plusieurs milliers de voitures de collection dont un grand nombre étaient venues par la route avec familles et bagages, pour un weekend de camping à l’intérieur du circuit. Il est rigolo de voir une superbe Jaguar Type E garée sous un arbre, alors que ses occupants sortent le matériel de camping de la minuscule malle arrière.

L’autre aspect fabuleux de cet évènement, c’est la possibilité de circuler à travers le paddock sans restriction, et s’approcher de voitures mythiques : la Sunoco Camaro de Mark Donohue, la Porsche 962 du Mans de Derek Bell, une Jaguar XJ-S du fameux Group 44, des McLaren de CanAm à moteur Chevrolet « big block », ou la Mustang Boss 302 de Parnelli Jones. Il est aussi intéressant de voir les centaines de MGB, de Morgan, de Porsche 914 et 911, mais aussi les Fiat et Triumph des petites classes, toutes des voitures qui ont un historique de course depuis longtemps. Personne n’est là pour faire de la figuration avec des voitures mal préparées. Et c’est là que le rêveur que je suis se met à imaginer ; mais pourquoi pas moi ? Alors, assis devant une bière au célèbre bar du Seneca Lodge (une auberge qui a vu défiler les plus grands noms de la course auto depuis 60 ans) on échafaude des plans pour le moyen terme.

Voyons voir, quelle voiture choisir ? Quelque chose d’original et de peu commun, pourquoi pas une VW Rabbit 1975 ou une des premières Audi Coupé de 1981 ? Là, la voie de la raison dit que si on veut avoir un peu d’aide en cas de panne lors d’un week-end de course, il est préférable de ne pas conduire la seule voiture de son genre. Première déception pour l’iconoclaste que je suis. On fera donc, en rêve pour le moment, l’achat d’une Datsun 510 ou une MGB, peut-être une Porsche 924. Ensuite, pour avoir un peu de plaisir en course, il faut une véritable voiture de course, c’est l’évidence même. Deuxième apparition de la réalité : les coûts. En plus de devoir se procurer un autre véhicule capable de tracter la voiture sur une remorque, il faut aussi compter les coûts d’accès à la piste (plusieurs centaines de dollars par week-end), les accommodations pour le dodo et les lunchs, et il faut aussi considérer les « périssables » : pneus de course sur piste sèche, pneus pluie, l’essence de course à 2 $ le litre, les freins, en plus des pièces de rechange en prévision des inévitables pépins mécaniques. Mais tout cela, c’est encore à la portée de pas mal de monde, ce n’est certainement pas plus cher qu’un petit chalet ou une grosse caravane.

Et là, troisième rappel à la réalité : après avoir fait le tour du paddock des « indépendants », un consensus se dégage : il est préférable de se procurer une voiture ayant déjà couru que d’en préparer une soi-même. Moi qui adorerais partir de rien et assembler moi-même ma coureuse, je me résigne tout de même : on choisira donc parmi les voitures existantes. « Mais question budget, ça va chercher dans les combien, une voiture de milieu de peloton des petites classes ? » Tous ceux interrogés sur cette question répondent bien sérieusement : plusieurs dizaines de milliers de dollars. « Mais à ce montant, la voiture est prête à courir, n'est-ce pas ? » Franche rigolage de la part des interlocuteurs, parce qu’une voiture « prête pour la course » est le plus vieux gag qui roule dans les paddocks. Certes, elle est prête aujourd’hui, mais demain elle demandera sa part de petits soins et d’adaptation pour la mettre au niveau espéré par le nouvel acquéreur, c’est une constante depuis les débuts de la compétition automobile.

Courir coûte donc horriblement cher. C’est pourquoi la plupart des gens rencontrés sont soit des personnes ayant bien réussi dans la vie et qui font faire le travail par des professionnels engagés, soit des propriétaires d’atelier mécanique ayant une entreprise avec des employés pour les aider dans leur tâche. Certains tentent bien le pari solo, mais ce n’est pas la majorité. Il me faudra donc attendre encore un peu avant de me frotter à d’autres rêveurs sur le bitume d’un célèbre circuit. Le pire c’est que le temps file, et que mes réflexes n’iront certainement pas en s’améliorant. Mais à voir le tour de cou et de taille de certains coureurs qui arborent de magnifiques chevelures argentées, j’ai encore quelques années pour tenter de réaliser ce rêve.

L’odeur de l’essence de course mêlée à celle des plaquettes de freins surchauffées devrait être interdite, c’est certainement pire que l’héroïne. Vous ne me croyez pas ? Alors, rendez-vous à Tremblant pour la Classique d’Automne, du 25 au 27 septembre prochain. Je crois que je suis accro.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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