Édito – VOL.13 ÉD.21 – OCTOBRE 2009

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Le mot de la Rédaction

Les plus vieux d’entre vous s’en souviendront certainement, au milieu des années 80 sévissait une palpitante série de télé-réalité, composée d’épisodes d’ « Accélération Involontaire », et l’actrice principale était la Audi 5000. Pour les plus jeunes, voici un petit rappel. Avec sa ligne spectaculaire, la grande berline fit une arrivée fracassante sur le marché en 1984, et devint vite la voiture à posséder pour de nombreux conducteurs, déçus des Cadillac et Lincoln de cette époque. Mais voilà, ils désiraient des boites automatiques, et comme le pédalier de la 5000 n’était pas tout à fait identique à ceux des américaines, de nombreux accidents survinrent parce que « la voiture s’est emballée toute seule ». En fait, des enquêtes ont montré depuis que c’était les conducteurs qui, surpris de la vigueur du ralenti quand ils passaient de « P » à « D » à froid, enfonçaient plutôt l’accélérateur au lieu la pédale de frein, parce qu’elle était légèrement décalée et de petite dimension par rapport à celle des américaines. L’ajout d’un simple interrupteur qui empêchait de passer en vitesse sans au préalable avoir enfoncé la pédale de frein est venu corriger cela, preuve que c’était bien une erreur des conducteurs. Pire, souvent c’étaient de nouveaux propriétaires de Audi 5000, et il se trouva même plusieurs épouses et enfants à faire partie des victimes, toutes des personnes qui ne connaissait pas bien la voiture.

La deuxième saison d’ « Accélération Involontaire » est en cours, et cette fois c’est la famille Toyota qui tient la vedette, avec des Lexus ES et des Toyota Camry qui s’emballent à toute vitesse et dont les freins ne répondent plus, selon les victimes. Même histoire qu’en 1986, et j’en suis pratiquement certain, même cause : erreur du pilote. La dernière histoire est celle, tragique, d’un policier californien et de sa famille qui se sont tués en août au volant d’une Lexus ES350 2009, parce que la voiture s’est emballée jusqu’à 200 km/h et qui s’est arrêtée dans un mur, tuant les quatre passagers. Toyota a répondu en incriminant les tapis, qui pourraient coincer l’accélérateur en position ouverte, mais un fait demeure : une voiture possède en moyenne plus de 5 fois plus de puissance de freinage que de moteur, alors comment se fait-il que cette voiture ait atteint cette vitesse, si le conducteur appuyait sur les freins ? Pour qu’un tel évènement se produise, il faudrait que le tapis coince l’accélérateur ET que le système de freinage fasse défaut, au même moment. Irréaliste, vous en conviendrez.

De plus, il demeure toujours la possibilité de passer au point mort, le « N » de la grille de sélection des rapports, et bien sûr, couper le contact. C’est ici que cela devient intéressant : les voitures incriminées avaient souvent des boutons-poussoirs au lieu d’une clef de contact, et la grille de sélection des rapports est en escalier, avec une grille secondaire +/- pour la sélection manuelle des rapports. Pour en avoir souvent conduites, de telles boites de vitesses ne permettent pas de passer au point mort sans auparavant avoir remis le levier dans la grille primaire, par un mouvement latéral, ce qui n’est pas des plus intuitif en cas de panique. De même, pour couper le contact sur les voitures dotées d’un bouton poussoir, il faut le tenir appuyé pendant plus de trois secondes, une éternité quand la voiture est emballée.

Ce qui s’est passé dans ce deuxième épisode, c’est probablement ceci : le tapis du conducteur est mal installé et repose légèrement sur l’accélérateur. Le conducteur bouge un peu dans son siège en s’appuyant sur le plancher et le tapis enfonce l’accélérateur. La voiture se met alors à accélérer, et quand le conducteur, surpris, tente de freiner, il se trompe de pédale et enfonce encore plus l’accélérateur. La panique aidant, sa jambe se raidit encore plus en constatant que la voiture ne ralentit pas. Le policier était d’ailleurs dans une voiture de courtoisie prêtée par le concessionnaire qui faisait l’entretien de la sienne. Il essaie le bouton poussoir et abdique après 1 ou 2 secondes, car il doit alors diriger ce missile de 272 cv en pleine accélération. Il tente de passer au neutre, mais le levier est dans la petite grille +/- et n’atteint jamais le « N ». Le mur arrive, c’est la fin.

Ce ne sont que des suppositions bien sûr, mais elles permettent de poser la question suivante : saurions-nous tous comment arrêter une voiture qui s’emballerait ? La panique est un très puissant moteur, je le vois chaque hiver lors des écoles de conduite sur glace : surprises par un dérapage, nombre de personnes figent et enfoncent la pédale de frein, ou du moins, celle qui se trouve sous leur pied. C’est pourquoi on entend souvent des moteurs à fond quand les voitures font des têtes-à-queues. La panique, la surprise, les rend raides comme des épinettes en janvier.

Les conducteurs de voitures à boite manuelle n’ont pas ce problème, c’est d’ailleurs pourquoi ces trépidantes séries se déroulent toujours aux États-Unis, grands amateurs de boites automatiques. Il suffit de débrayer, et l’accélération cesse. C’est aussi un réflexe, de débrayer quand ca accélère trop fort. Un autre bon point pour la manuelle. Mais dans le cas des automatiques, surtout celles dotées d’une grille secondaire, c’est problématique. Il m’arrive souvent de les essayer, ces grilles, dans un strict but journalistique, évidemment, mais des choses bizarres se produisent de temps à autre. Oubliant que je suis en position « D » normale, quelquefois je pousse le levier vers le haut en voulant changer un rapport rapidement (comme si j’étais en +/-), alors j’attrape le « N » et il en résulte un magnifique sur-régime. Ce n’est pas dangereux, seulement embarrassant. Ceci pour montrer que la combinaison d’une voiture inconnue, d’une action rapide et d’une grille non conventionnelle peut causer des erreurs de pilotage, dans un sens comme dans l’autre.

La solution ? La plus simple, c’est de pratiquer la chose. Sans pour autant chercher à reproduire les hautes vitesses atteintes, et comme la pratique mène à la perfection, pourquoi ne pas au moins visualiser, à petite vitesse, les manœuvres à faire ? Il faudrait être capable de couper le moteur et de passer au neutre sans quitter la route des yeux, car si la chose se produit réellement, ce sera la manoeuvre à accomplir de toute urgence, peu importe que ce soit réellement la voiture qui s’emballe ou le conducteur qui se trompe de pédale.

Je suis allé pratiquer ces manoeuvres avec une voiture de presse similaire à celles incriminées. Dans tous les cas, j’ai réussi à éteindre le moteur en tenant le bouton enfoncé pendant les trois secondes. Les freins ont réussi à arrêter la voiture depuis 100 km/h même avec l’accélérateur à fond, et ils l’ont fait trois fois d’affilée sans coup férir. Les distances de freinage se sont drôlement allongées, mais la voiture s’est arrêtée tout de même. Le seul paramètre que je n’ai pu reproduire, c’est la panique, cette panique qui nous empêche de réagir correctement en cas d’urgence. C’est ce paramètre qu’il faut mieux maitriser en se pratiquant à l’avance, en testant la voiture et en posant des questions si tout n’est pas clair. Ce faisant, il serait surprenant qu’il y ait une troisième saison d’ « Accélération Involontaire », cette mauvaise série de téléréalité américaine.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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