Edito – VOL.14 ÉD.03 FEVRIER 2010

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Le mot de la Rédaction :

En ce début 2010, la grosse nouvelle dans l’industrie automobile est le rappel de véhicules Toyota pour des problèmes avec la pédale d’accélérateur de plusieurs de ses meilleurs vendeurs. Le rappel atteint plusieurs millions de véhicules, et touche plusieurs marchés, l’Amérique du Nord en premier, et maintenant la Chine et l’Europe. Ce rappel arrive à un bien mauvais moment, alors que Toyota est désormais le premier constructeur mondial. Certains avancent que ce problème de pédales défectueuses qui causent des accélérations involontaires est une conséquence de la recherche perpétuelle du plus faible coût de production, recherche qui est nécessaire pour atteindre le statut de premier constructeur. En effet, a trop vouloir baisser ses coûts de production, Toyota aurait sacrifié la durabilité de certaines composantes et créé des problèmes sur le long terme, toujours selon ces analystes. Tout cela n’est peut-être pas faux, les enquêtes en cours révèleront certainement quelques erreurs de conception ou même de programmation, parce que ces pédales ne sont en fait que des potentiomètres électroniques qui transmettent des informations au calculateur de l’injection de carburant.

Soyons patient, et tâchons de ne pas condamner trop vite. On se souviendra de deux récents épisodes malheureux où les constructeurs ont été blanchis par des enquêtes, mais qui ont eu de grandes difficultés auparavant car la télé avait montré des images chocs, pour la plupart des montages d’effets spéciaux. Je pense à Audi et ses problèmes d’accélération involontaire qui ont pratiquement tué la marque en Amérique du nord à la fin des années 80, mais aussi à GM qui avait vu sa réputation entachée par des images de ses camionnettes qui explosaient quand frappées sur le côté où était le réservoir d’essence. On a su par la suite que les producteurs de l’émission en question avaient utilisés des explosifs pour provoquer les explosions. Bonjour l’objectivité et la crédibilité journalistique.

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette affaire, ce sont deux aspects : la complexité de conduite des voitures modernes, et leur puissance toujours en hausse. Dans le premier cas, même s’il s’avère que les accélérateurs sont effectivement défectueux, un conducteur moyen (et même un mauvais) devrait être capable aisément de passer le levier de vitesse au neutre, de freiner où d’arrêter le moteur facilement. Premièrement, dans le cas des voitures à boite automatique, il est indispensable d’avoir des grilles de sélection de vitesses facile à parcourir, donc en ligne droite, et sans deuxième grille latérale « +/ » qui empêche d’atteindre rapidement le neutre en cas d’urgence. Deuxièmement, même si j’aime bien l’accès et le démarrage sans clef, le bouton poussoir de démarrage unique devrait être interdit : il faut au moins un interrupteur à deux positions (rotatif où à bascule), un interrupteur facile d’accès et dont l’action est instantanée. Toutes les voitures de course ont un tel interrupteur, bien visible, au milieu de la planche de bord ; ca doit vouloir dire quelque chose.

Le cas du freinage est plus délicat, et relié directement au fait que les voitures actuelles sont beaucoup trop puissantes pour l’usage normal. Je parle, par exemple, des berlines intermédiaires à moteur V6 ou turbo de 270 ou 300 cv et des camionnettes 4x4 de près de 3 tonnes motorisée par des V8 de 380 ou 420 cv. Même si on sait que tous les véhicules possèdent beaucoup plus de puissance de freinage que de puissance moteur, on parle souvent de quatre à cinq dois plus, il demeure que l’assistance de freinage par dépression n’est bonne que pour deux ou trois coup de freins si le moteur est emballé. Une fois cette assistance évaporée, il faut appuyer sur la pédale de frein avec beaucoup plus de force, à un point que peu de gens peuvent atteindre. Si le moteur est emballé, alors il se peut que la voiture continue à accélérer, surtout si celle-ci possède la puissance d’une Ferrari ou d’une Porsche des années 80. De plus, les freins ont une capacité limitée à dissiper la chaleur, et cette chaleur fait tomber rapidement leur efficacité. Si le conducteur d’un véhicule emballé n’attaque pas la pédale avec suffisamment de force, et ne fait que retenir le véhicule à vitesse constante, la chaleur monte rapidement et la puissance s’évanouit.

Bon, tout cela est bien préoccupant, maintenant que le rappel Toyota atteint les cinq millions de véhicules sur trois continents, et que la vente de certains modèles incriminés a été suspendue. Mais cette opération d’une envergure encore jamais vue démontre quelque chose de positif : la direction de Toyota fait tout ce qu’elle peut pour corriger le problème, elle prend les moyens qu’il faut, et ne cherche pas à se défiler. Ca me rappelle une histoire qui s’est déroulée au milieu des années 90 dans le championnat mondial de rallye : les voitures Toyota avaient été modifiées par le sous-traitant qui les faisait courir de façon à contourner la réglementation sur le turbo. Une fois la supercherie découverte, Toyota s’est auto-exclue du championnat pour les deux années suivantes, même si personne de la FIA n’aurait imposé une telle sanction. Cette attitude noble démontrait à tous, y compris le sous-traitant, que la tricherie n’est pas une option pour ce constructeur. On peut donc voir dans le rappel massif actuel un peu de cette attitude : quelqu’un a peut-être fauté, on parle du sous-traitant fournisseur des pédales électroniques, mais c’était à Toyota de découvrir le problème avant qu’il n’atteigne ces proportions. Histoire à suivre.

Pour terminer sur une meilleure note, Sophie, ma vieille Mazda qui agissait comme voiture du lundi et dont j’ai dû me débarrasser, m’a été payée par l’Association Québécoise pour la lutte contre la pollution atmosphérique. J’ai donc reçu un chèque de 300$ en début d’année, avec plusieurs semaines de retard il est vrai, mais la transaction s’est finalement résolue à la satisfaction de tous. Le représentant de l’organisme m’a révélé que l’offre de mise à la casse avait été beaucoup plus forte que prévue, et que le petit organisme n’avait pas les ressources pour traiter les milliers de demandes rapidement, expliquant ainsi les retards. Pour célébrer cela, j’ai dépensé judicieusement les 300 $ tombés du ciel : j’ai réservé deux journées de pilotage sur glace à Mécaglisse, question d’aller faire patiner ma Quattro. C’est vraiment mon activité hivernale préférée. Et je ne suis pas le seul à le croire, puisqu’il y avait foule à chaque fois, dont plusieurs nouveaux visages.

"Il reste deux sessions pour les amateurs cet hiver ; la journée du dimanche 21 février, et samedi le 13 mars, mais en soirée cette fois, une première. Ca devrait être féérique, autant que fantomatique. "

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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