Edito – VOL.14 ÉD.04 FEVRIER 2010

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Le mot de la Rédaction :

Après quelques semaines catastrophiques sur le plan médiatique, au point où le lancement de certains nouveaux modèles aurait pu être reporté, il serait peut-être bon de revenir sur les problèmes du constructeur japonais Toyota. Le nombre de véhicules rappelés pour l’histoire de la pédale d’accélérateur dépasse maintenant les 8 millions, et il y a un autre rappel qui porte sur le système de freinage de son porte-étendard, la voiture hybride Prius. De bien mauvaises nouvelles, à un bien mauvais moment.

De plus, selon des médias de grande diffusion comme la télé et les grands journaux américains, la NHTSA (l’équivalent américain de notre Transport Canada) aurait caché de nombreuses plaintes des conducteurs de Toyota depuis des années, et c’est cette année que la bombe explose avec le déluge de rappels auquel il fait face ces jours-ci. Pourtant, un site états-unien fort sérieux (edmunds.com) a passé au crible la base de données de la NHTSA couvrant les années 2001 à 2009, et en est venu à la conclusion que cette rumeur était fausse. Parmi les 20 grandes marques présentes en Amérique du Nord, Toyota est 17e en termes de nombre de plaintes par voitures. Seuls Mercedes-Benz, smart, et Porsche font mieux. Alors, pourquoi les grands médias s’en prennent-ils au constructeur japonais avec tant de véhémence ?

En fait, c’est Land Rover qui est tout en haut de la liste, suivi de près par Suzuki et Volkswagen. Avant d’ostraciser ces constructeurs, il faut bien comprendre que la période couverte porte sur les 9 dernières années, et que les plaintes peuvent être autant mineures que majeures. L’étude ne porte que sur le nombre de plaintes, et rien d’autre. On n’évalue même pas la pertinence ni la validité des plaintes, et celles-ci sont rapportées sur une base volontaire par les conducteurs. Le constructeur qui en reçoit le plus grand nombre est GM (près de 25% des plaintes portent sur GM) mais si on pondère cela avec sa part de marché, le géant américain est dans la bonne moyenne, en 11e position. Ford est 10e, et Chrysler 7e.

"Pour en revenir à la difficile position de Toyota dans les médias ces jours-ci, en termes de nombre total de plaintes, Toyota est effectivement 4e, tout juste derrière les trois ex-grands constructeurs américains. Mais sa part de marché est aussi la 3e plus grande chez nos voisins du sud, de qui le place en 17e position de la liste, parmi les meilleurs en termes de plaintes par véhicule. On peut donc se demander si la récente présence médiatique importante y est pour beaucoup dans la perception négative actuelle qui enveloppe le géant japonais."

Toutefois, selon certains, le décompte du nombre de plaintes rapportées volontairement est un meilleur outil d’analyse de la satisfaction de la clientèle et de la qualité des produits que n’importe quel sondage. En effet, quand quelqu’un dépose une plainte volontairement, c’est qu’il y a vraiment un problème. C’est souvent la dernière étape d’une démarche, après avoir tenté de nombreuses tentatives de résolution du problème. Quoi qu’il en soit, ce qui ressort de cette étude est le fait que tous les constructeurs font face à des quantités importantes de plaintes, le résultat de la complexité grandissante des voitures dans un marché très compétitif où la pression des prix est importante. Toyota n’y est pas étrangère, malgré son excellente réputation de fabriquer des produits de qualité. Bon, on pourrait facilement vérifier un point et prouver son contraire à partir de ces mêmes données, on n’est donc pas plus avancé quant à la dangerosité des voitures Toyota, ou de l’efficacité de ses dirigeants à faire face à la crise. Parce qu’il est aussi beaucoup question de cela, au point où même les dirigeants politiques japonais sont inquiets de l’image de leur pays à cause de ces rappels.

Pour en revenir à la fameuse question « Pourquoi Toyota ? », les hypothèses sont nombreuses. Les théories les plus fumeuses sont avancées, allant de la théorie du complot à la jalousie pure et simple. Sans être d’accord avec tous ces gens, je crois tout de même que le traditionnel patriotisme américain, exacerbé ces années-ci par une crise économique importante, y soit pour beaucoup. Et c’est sans compter sur la blessure dans l’orgueil causée par la faillite de deux des plus grands symboles automobiles américains. Imaginez si Bombardier, notre fierté ferroviaire et aéronautique, se faisait damer le pion par Embraer chez Air Canada et un consortium ferroviaire chinois pour le métro de Montréal : on aurait quelques raisons d’attendre ces « étrangers » de pied ferme à la moindre incartade.

De plus, les grands médias traversaient une période calme sur le plan médiatique, c’était avant le tremblement de terre dévastateur en Haïti, la place était donc libre pour une nouvelle d’envergure. Il est en effet très rare que les nouvelles de nature automobile font l’ouverture des grands journaux télévisés, sinon pour annoncer des fermetures d’usine. En fait, même s’il est difficile de l’avouer, tant que les journaux seront écrits par des personnes, il y aura une part de subjectivité dans la couverture des évènements par les médias, et l’interdépendance de ces médias provoquera encore des surenchères. En effet, comme tout le monde en parle, il faut bien que chacun y aille de sa petite enquête, et d’une manière originale en plus. Et comme les Toyota, même celles qui font la une ces temps-ci, n’ont pas l’habitude d’être au milieu d’accidents monstrueux, alors on cherche la petite bête, la tendance, la donnée cachée, le jupon qui dépasse. Jusqu’à présent, ce jupon est bien court.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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