Edito – VOL.14 ÉD.07 AVRIL 2010

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Le mot de la Rédaction :

Il y a quelques années, aux débuts de ce magazine, je me posais la question suivante : quelle est la voiture récente - où même une camionnette, pourquoi pas ? - qui serait la préférée des iconoclastes, des gens pour qui un véhicule est beaucoup plus qu’un moyen de transport ? » Je pense évidemment à des gens composés de chair, d’os et de factures à la fin du mois comme vous et moi et non à ces demi-dieux héritiers d’une grande fortune qui peuvent se procurer n’importe quoi en claquant des doigts. Parce que si rouler original est facile quand l’argent n’est pas un problème (encore que, même les riches font très souvent les moutons quand il s’agit de choisir une monture), trouver son style quand les moyens sont limités est plus difficile.

Dans le passé, les voitures de ces gens qui aiment ressortir de la masse et qui sont tout sauf des moutons, étaient souvent de grands coupés stylisés (Buick Riviera, Oldsmobile Toronado), des européennes à l’accent nordique (Saab et Volvo) ou encore des versions recarrossées de voitures populaires (VW Karmann-Ghia, Toyota Celica). Remarquez qu’on décèle dans ces modèles quelques tendances : originalité stylistique en premier lieu, rareté sur les routes ensuite, et des lignes qui suggèrent une certaine opulence, un certain bon goût. Deuxième point : ces « originales » ne sont jamais des sportives, elles sont au-dessus de tout cela, elles détestent la sueur et les contacts virils, elles préfèrent le chic d’un match de tennis ou la tranquillité d’un stationnement de club de golf. Troisième point : si la plupart sont des coupés, ce n’est pas une obligation : une berline, un 4x4 ou même un break pouvaient très bien faire l’affaire pourvu que le niveau d’équipement ou le prix soit approprié. C’est pourquoi les Jeep Wagoneer, les Land Rover ou même les Toyota Land Cruiser à quatre portes jouaient aussi ce rôle dans le passé, tout comme certaines berlines américaines sans pilier central de toit (appelées « hard-top » en anglais). Encore une fois, style, rareté et opulence sont au rendez-vous, et toujours pas de trace de sport.

Si le passé est garant de l’avenir, si l’Histoire n’est qu’un immense hoquet condamné à se répéter, alors la voiture « personnelle », la voiture qui privilégie le style au détriment de l’efficacité ou de l’utilité, est de retour. J’ai conduit récemment l’héritière moderne de la Riviera mais adaptée à notre époque et c’est la Acura ZDX. Oui, oui, vous avez bien lu. Je m’explique. Depuis maintenant 30 ans, les gens se sont habitués aux minifourgonnettes et aux VUS, et ce n’est pas à l’aube de la retraite, quand les enfants ont enfin quitté le nid et que leur ossature n’est plus aussi souple qu’ils vont les délaisser pour une basse sportive à la ligne de toit fuyante. Par contre, puisqu’ils ne sont que deux à bord la plupart du temps, plus besoin de tout cet espace de chargement, mais il faut conserver une banquette arrière décente pour les petits enfants qui ne manqueront pas d’arriver si les satanés enfants peuvent enfin se décider à se caser. Non mais, dans leur temps, les gens se mariaient jeunes, élevaient une famille, pour enfin se permettre un peu de liberté une fois la cinquantaine venue. Et cette liberté prend la forme de la ZDX. Élaborée sur la base du VUS MDX, elle conserve donc cette hauteur de plancher qui permet de déposer les fesses élégamment sur le siège plutôt que de tomber lourdement dans le fond d’une sportive. La ligne est originale tout en étant suffisamment imposante pour affirmer une certaine opulence. À l’intérieur, la planche de bord est fort jolie, la finition est sans reproche et même les tapis, avec leurs grosses boucles bicolores donnent l’impression d’un retour aux années Trudeau. La soute à bagages, elle aussi, a été fabriquée avec soin : les compartiments fermés rappellent ceux des avions avec leur joli loquet métallique de grande qualité et même leur faible contenance est bien en phase avec ce qu’on nous offrait à bord d’un Fokker F27 ou d’un McDonnell- Douglas DC-10. Tout comme dans le passé, la mécanique est secondaire au style dans les coupés personnels. La ZDX a bien un moteur et un rouage intégral, mais ca n’intéresse personne. Pourtant la ZDX n’a pas à rougir de sa fiche technique puisqu’elle est assez élaborée pour ce genre de boulevardière qui ne fera pas de sport ni de sortie hors-route. C’est très bien ainsi.

Bon, à 60 000$, la ZDX n’est pas à la portée de toutes les bourses. Par contre, si la tendance se maintient, on devrait voir apparaître plus de ces coupés quatre portes dans les prochaines années pour des tarifs plus populaires. C’est qu’après une décennie d’escalade de puissance et de performances, tout comme aux débuts des années 70, l’industrie automobile se tournera vers des modèles à la personnalité forte pour compenser le désintérêt de la clientèle envers la vitesse. Les iconoclastes auront enfin un peu plus de choix, mais si ces modèles deviennent populaires eux-aussi, vers quoi se tourneront-ils alors pour demeurer originaux ? Pas facile, la vie de ceux qui veulent toujours demeurer devant les modes…

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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