Édito VOL.11 ÉD.21 – Novembre 2007

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Le mot de la Rédaction :

Comme vous pourrez le constater en lisant le compte-rendu de mon essai du Dodge Sprinter, 150 cv sont suffisants pour déplacer efficacement près de 4 tonnes. Oui, oui, un moteur de la puissance de celui d’une sous-compacte parvient très bien à déplacer les 2700 kg du Sprinter à bord duquel sont assis près d’une douzaine de jeunes hommes, pour un total 3700 kg. Il faut dire que ce n’est pas la puissance qui déplace cette masse, mais plutôt le couple produit par le moteur diesel, un couple qui s’élève tout de même à 280 pi-lb à partir de 1200 tr/min. On a d’ailleurs l’habitude de dire que les gens achètent de la puissance, mais conduisent avec le couple. Cela n’a jamais été aussi vrai qu’à bord du Sprinter. Là où je veux en venir, c’est que l’industrie automobile (et les consommateurs) a une fixation sur les mesures de puissance, alors que celle-ci y est pour bien peu dans la vie quotidienne et l’agrément de conduite.

Pour déplacer une masse, pour la faire accélérer jusqu’à la vitesse limite légale, il suffit de moins de 100 chevaux. Pour maintenir une vitesse de 100 km/h sur une voiture normale, donc pour vaincre la résistance de l’air et la friction des pneus, il suffit habituellement de quelques dizaines de chevaux. Alors, pourquoi les moteurs modernes produisent-ils tous beaucoup plus que cela ? Parce que la puissance ne coûte pas cher de nos jours, et que la clientèle voit d’un bon oeil le fait d’avoir une petite réserve sous le pied. Mais l’effet pervers de cette réserve, c’est que si beaucoup de puissance est disponible, à un moment ou à un autre, elle sera mise à contribution et donc la consommation de carburant en souffrira. Pour en revenir au Sprinter, lors de la conduite en ville, j’ai souvent utilisé 80% ou 90% de la puissance disponible, mais la consommation n’a jamais dépassé les 17 L/100km. Au-delà du fait que le Sprinter est doté d’un moteur diesel, c’est que ce camion n’est pas capable de dépasser les 130 km/h puisque sa démultiplication favorise les accélérations et la conduite urbaine au détriment de la vitesse de pointe. On peut dire que le Sprinter n’a pas de réserve excédentaire, qu’il est conçu pour un usage ordinaire dans les limites courantes.

En fait, lorsque le consommateur fait ses emplettes, qu’il magasine sur internet ou dans les cours des concessionnaires, il cherche à comparer des valeurs avant de faire son choix. La valeur la plus positive, la plus spectaculaire et la plus facile à retenir est justement celle de la puissance. Imaginez un instant que plutôt que de mettre l’emphase sur le mot puissance, une loi obligerait les constructeurs à afficher en grosses lettres la surconsommation et la quantité excédentaire de gaz à effet de serre que chaque modèle produira par rapport au meilleur véhicule, toutes catégories confondues. Imaginez alors les efforts que devraient faire les constructeurs pour vendre leurs véhicules énergivores ? « Nouveau ! Notre VUS de taille compacte est deux fois moins puissant que l’an dernier ! » On a bien peu de chance de voir ce genre de publicité bientôt, croyez moi. Je rêve d’un monde où tout le monde ferait comme Rolls-Royce à la belle époque, lorsqu’elle affirmait fièrement que la puissance de ses moteurs était « suffisante ». Peut-être que la culture du « trop » tire à sa fin ?

Voilà, bonne lecture, et n’hésitez pas à nous envoyer vos commentaires et observations, cela nous toujours plaisir de vous lire (adresse de courriel ou commentaire ci-dessous).


Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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