Édito VOL.11 ÉD.24 – Janvier 2008

Pour partager :

Le mot de la Rédaction :

Je viens tout juste de terminer la lecture de la biographie de Jacques Duval, parue en novembre chez Québec Amérique. Quel bonhomme fascinant ! Parce que je le lis depuis longtemps, en fait depuis mes premiers « Guide de l’Auto » achetés au milieu des années 1970, je croyais tout connaître de lui. Erreur, car j’ai été surpris d’apprendre qu’il a déjà été animateur de radio et de télé, illusionniste, pilote de course au palmarès bien garni, en plus d’être un des premiers à pratiquer le métier de chroniqueur automobile au Québec. Le bouquin est bien écrit et est bourré d’anecdotes savoureuses, et Duval y règle même quelques comptes avec des ex-collègues qui lui ont fait la vie dure dans le passé et plus récemment. Rien de bien méchant, mais ce sont des mises au point qui lui tenaient à coeur, et il les faits dans ses propres pages, ce qui est de bonne guerre. Ceux qui voudront lui répondre n’auront qu’à écrire leur autobiographie, eux aussi.

Il est toutefois un passage à la fin du bouquin (p. 410) qui m’a beaucoup intéressé, celui où il énumère les qualités requises pour faire un bon chroniqueur automobile. Je le cite : « Il faut en premier lieu bien manier la langue, avoir un sens critique très développé allié à un talent pour la communication, posséder de bonnes notions de la conduite automobile, avoir un minimum de culture générale, connaître l’histoire de l’industrie de ses débuts à nos jours et, avant tout, éprouver une passion incommensurable pour l’automobile. (…) Finalement, il ne faut surtout pas se laisser entraîner dans la spirale de la flatterie en devenant l’instrument plutôt que le critique des constructeurs. Trop de jeunes, dirigés par des arrivistes, sont devenus des rédacteurs de publicité au lieu de journalistes intègres et crédibles. »

Cette dernière phrase m’a interpellé, parce que je suis plutôt enthousiaste quand j’aime une voiture, et je vois tout en noir quand une autre ne tombe pas dans mes cordes. Mais si je suis dithyrambique envers une voiture, jamais au grand jamais, quand je rédige mon compte-rendu, l’idée de faire plaisir au relationniste de la marque ne m’effleure l’esprit. Mon seul critère quant à la teneur du texte est de bien montrer ce qu’il y a de bon (et de moins bon) dans un modèle, tout en restant le plus objectif possible. J’attache toutefois beaucoup d’importance à la technique et à la qualité, beaucoup plus qu’au style ou à l’image, et je me fais un devoir de me prémunir contre les discours préarrangés par les spécialistes des communications des constructeurs. Quand on veut me faire croire, par exemple, que tel moteur est primé par tel organisme pour sa douceur, je demande à voir.

J’ai toutefois la chance de ne publier que la moitié des essais que je réalise, ce qui me permet d’éliminer d’office ceux des modèles qui ne m’ont pas inspiré de bons commentaires. S’il fallait que, comme Duval à la belle époque, je doive donner mon avis sur toute la production automobile actuelle, ce serait alors une toute autre histoire, et j’aurais peut-être moi aussi des difficultés à obtenir certains véhicules de presse.

Quant aux qualités requises pour bien faire ce métier, je suis tout à fait d’accord avec lui. Communiquer est une chose, bien communiquer est un art. Il faut être bien renseigné, intéressant, informatif, différent, original, rigoureux, bref, il faut travailler autant le fond que la forme. Quand je reçois mon magazine « Car and Driver », qui croyez-vous que je vais lire en premier ? Patrick Bedard, un technicien fort en thème mais triste comme une vidange d’huile ou John Phillips, excentrique comme une Citroën DS en plein janvier ?

Ne riez pas, j’en ai vraiment vu une l’an dernier, garée devant l’hôpital Ste-Justine. Je me suis d’abord imaginé que c’était un clown en mission qui l’avait laissée là. Mais il est plus drôle de penser que ça devait être John Phillips…

Joyeuses Fêtes.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

Pour partager :