Édito – VOL.12 ÉD 23 – DÉCEMBRE 2008

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Le mot de la Rédaction :

Lors d’une récente discussion avec des copains, alors que nous explorions les raisons de la mauvaise santé de l’industrie automobile américaine, nous nous posions cette simple question : existe-t-il une voiture américaine d’usage courant qui suscite vraiment de l’engouement, de l’attente ? Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’industrie américaine était synonyme d’innovation, d’avant-garde, de renouvellement stylistique quasi annuel. Et, en corollaire, l’industrie automobile étrangère était souvent affublée de frilosité, de conservatisme, parce qu’elle produisait ses modèles sur de longue périodes avec peu de mises à jour, stylistique ou mécanique. Tout cela à bien changé : les modèles nord-américains ont désormais de longs cycles de vie, alors que les constructeurs japonais revoient leurs copies à tous les quatre ans, cinq au maximum. C’est que l’adage « la nouveauté fait vendre » est plus vrai que jamais dans un monde ou un téléphone portable est désuet en quelques mois, et que les constructeurs dont les affaires vont bien en tirent partie au maximum.

Pour en revenir à la question de départ, quel modèle américain fait rêver de nos jours ?, je ne vois que des véhicules de niche, Corvette, Challenger, Mustang, Camaro, ou encore des icones de la mode « people », Escalade, Navigator, Hummer. Pourtant, l’industrie américaine fait d’excellents voitures populaires (dans le sens de voitures destinés au peuple, au plus grand nombre) mais qui ne font pas rêver, qui n’attisent pas la convoitise. Bien sûr, les camionnettes et les véhicules utilitaires sport sont des véhicules éminemment versatiles et bien construits, et je connais bien des gens pour qui un Ford F150 ou un Chevrolet Tahoe représentent encore un idéal automobile. Mais avec des consommations de l’ordre du double de celle d’une berline intermédiaire, il n’est pas question pour eux de s’en procurer un pour l’usage courant. Comme le dit si bien mon voisin à son fils qui conduit un Chevrolet Avalanche, « À part faire le plein de ton camion, qu’as-tu fais de beau ces temps-ci ? » Le rêve automobile se heurte souvent à la réalité économique.

Vous souvenez-vous de la première Ford Taurus de 1986 ? Vedette des magazines, encensée par la critique, elle n’enviait rien à ses rivales. Mieux encore, c’était alors l’étalon des berlines de taille intermédiaire, au point où les concurrentes d’alors on dû s’ajuster à ses qualités, et offrir des produits similaires. Elle représentait alors pour bien des gens la voiture de l’heure, celle qu’ils seraient prêts à stationner dans leur entrée et dont ils seront fiers de faire le tour avec le beau-frère, lors de sa prochaine visite. La gamme des berlines LH de Chrysler (Intrepid, Vision, New Yorker) a connu le même genre de succès au début des années 1990 et encore récemment dans une moindre mesure avec la gamme LX (Charger, 300, Magnum). GM a été beaucoup plus conservatrice dans ses refontes, mais avec ses multiples marques elle atteignait de bons chiffres de vente toute de même. Mais tranquillement, petit à petit, les constructeurs américains ont délaissé les voitures, pour s’orienter vers les camionnettes et VUS, beaucoup plus profitables. Et, il faut bien l’avouer, c’est ce que les gens désiraient durant les années 1990 et 2000.

Pendant ce temps, l’offre des constructeurs étrangers était plus ciblée, mieux définie, avec des modèles qui ne changent pas de nom tout le temps et qui évoluent légèrement à chaque refonte. C’est beaucoup plus profitable, la fiabilité s’en trouve rehaussée, et les consommateurs ne sont pas bousculés dans leurs habitudes. Et alors, les ventes sont relativement constantes sur toute la durée du cycle de vie : pas besoin de tenter le grand coup avec une refonte complète, un style nouveau et un nouveau nom, si une légère refonte replace ces ventes à leur niveau d’il y a quatre ans. La nouveauté, oui, mais dans la continuité. Évolution, pas de révolution, pour reprendre un cliché éculé.

Pourquoi les américains n’ont-ils pas su faire perdurer l’engouement initial de leurs voitures à succès ? Peut-être la réponse réside-t-elle dans ce désir du grand coup, de ce besoin de tout effacer et de repartir en neuf ? Peut-être est-ce un trait de caractère typiquement américain, ce besoin d’être le meilleur, ne serait-ce que pendant une courte période ? Je ne sais pas la raison exacte, mais je crois que l’avenir de l’industrie automobile américaine passera par la production de voitures dont l’attrait ne s’émoussera pas au fil des ans, par des voitures dont il sera difficile de se départir. Vous savez, comme celle dont votre père disait « Ah ma Chevelle, je n’aurais jamais du la vendre celle-là ».

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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