Édito VOL.12 ÉD.11 – JUIN 2008

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Le mot de la Rédaction :

Comme vous le savez probablement déjà, je suis en train de restaurer une voiture ancienne, car le moteur a rendu l’âme cet hiver. La voiture en question est une Audi Quattro de 1983 dont certaines pièces sont assez difficiles à trouver aujourd’hui vu sa rareté à l’époque. Par le biais d’une liste de discussion internet, je suis en contact avec un groupe de propriétaires de ces voitures, et les avis divergent grandement quant à la responsabilité de Audi de fournir des pièces, près de 20 après la fin de la production de ce modèle. Certains puristes sont choqués de découvrir que la marque a cessé la fabrication de certaines composantes majeures des premiers modèles, comme les rotules de suspension ou encore les pièces de tableau de bord. Celle-ci se défend en proposant des composantes alternatives dont le fonctionnement est identique mais dont l’apparence est différente. On peut par exemple convertir le train avant au complet, rotules, berceau, bras de suspension, jambes de force, pour reprendre les composantes des modèles plus récents qui ont été fabriqués jusqu’en 1993. Pour moi dont l’objectif est de rouler en ancienne mais pour qui l’originalité absolue est peu importante, c’est parfait. De l’extérieur, la voiture est toujours d’époque mais la mécanique ne l’est plus tout à fait. Les puristes, pour qui les objectifs sont plutôt la conservation de la valeur sur le marché, cette approche est une faute de la part du constructeur, surtout, plaident-ils, que la marque utilise ce modèle dans des publicités vantant les nouveaux modèles. Hérésie, manque de support, tricherie, tous les superlatifs sont bons pour décrier Audi. Ils avancent que les autres marques offrent plus de support, que la refabrication de pièces est chose courante et que généralement, le support envers les propriétaires de voitures anciennes est bien meilleur. Porsche et Mercedes-Benz sont les exemples cités le plus souvent.

De mon côté, bien que j’apprécierais une plus grande disponibilité, je ne déteste pas le rôle d’archéologue automobile, un rôle qui me force à trouver des solutions ailleurs que dans le catalogue du constructeur. Par exemple, les biellettes arrière ainsi que le joint universel de l’arbre de commande peuvent être remplacés par des composantes venant de chez Suzuki. De même, les bloqueurs pneumatiques des différentiels sont tout à fait similaires aux composantes qui servent à verrouiller les portières des Mercedes-Benz du début des années 1980. Ma voiture est d’ailleurs équipée de ces composantes plus faciles à trouver, mais qui selon moi ne nuisent pas au fonctionnement ni à sa valeur. L’important est qu’elle roule bien, non ? Les puristes trouveront que cela fait peu sérieux, qu’ils n’ont pas le temps de chercher, ou encore qu’une voiture aussi rare mérite le meilleur et rien de moins. C’est là le dilemme du collectionneur, rouler le plus possible, ou conserver sa belle dans un garage chauffé et ne la sortir que par beau temps ? Mon choix est fait, mais vu les efforts récents consentis à sa réfection, je ne crois plus l’utiliser au quotidien en hiver malgré son rouage intégral super performant : elle fera quelques sorties de course sur glace et des rallyes de navigation, mais c’est tout.

Par ailleurs, un copain vient tout juste de se procurer la voiture de ses rêves, enfin la voiture que sa conjointe rêvait d’avoir avant ses 30 ans, une Porsche 911 Carrera 4 1990. La dame en question a plutôt franchi un autre cap récemment, mais il reste qu’elle roule en ancienne au quotidien dans une voiture qui fait tourner les têtes mais qui ne coûte pas plus cher qu’une Civic hybride. Bien sûr, la poussette du bébé n’entre pas dans le coffre avant, le rouage intégral prenant trop de place, mais leur garçon de huit ans est désormais le roi de son école, sa mère roule en Porsche tout de même ! La vie est trop courte pour la passer à rêver, il faut bien passer à l’action un jour. D’ailleurs, et c’est là la beauté d’acheter une voiture ancienne, sa valeur ne bougera pas beaucoup au fil des ans, ce qui fait que son usage pourrait coûter moins cher que de rouler dans une voiture neuve qui perdra 30 % de sa valeur en 4 ans. Pour cela, il faudra qu’elle demeure dans l’état actuel, mais j’en doute un peu. Mon copain, qui suivait lui aussi notre discussion au sujet de l’originalité des anciennes et qui est d’accord avec moi, a déjà commencé à la « modifier », par la force des choses. Dès le premier jour de prise de possession, il est passé chez nous pour fouiller dans mon stock de vieilles pièces : selon l’ancien propriétaire, le réservoir de liquide de lave phare fuyait, une petite bague d’étanchéité a fait défaut, et c’est celle provenant du réservoir d’une vulgaire Golf qui scelle le tout maintenant. De même, comme pour lui souhaiter la bienvenue, le ressort du capot arrière s’est retrouvé sur la chaussée et maintenant c’est un petit clip provenant du capot d’une Audi qui le tient en place. Alors, cette Porsche a-t-elle perdu de la valeur ? En fait non, car les deux pièces en question, bien que disponible dans le réseau Porsche, sont identiques jusqu’au numéro de référence, seul le prix de vente étant différent. Pour mon copain comme pour moi, c’est la fonction qui compte. Pour posséder une voiture ancienne, c’est la débrouillardise qui est de mise, surtout quand elle est invisible.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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