Édito VOL.12 ÉD.13 – JUILLET 2008

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Le mot de la Rédaction :

Avec la récente hausse du prix du carburant, l’engouement pour les formes alternatives de mobilité atteint des sommets. Voiture électrique, moteur à hydrogène, pile à combustible, toutes les nouvelles technologies connues de l’homme sont maintenant passées au langage courant, tellement que leur présence régulière dans les médias nous fait imaginer un monde sans essence pour l‘an prochain. C’est évidemment une utopie, pour plusieurs raisons bien simples.

Tout d’abord, l’essence représente encore la meilleure façon de stocker de l’énergie de façon sécuritaire et elle est facilement convertible en mouvement, grâce au moteur à combustion. Car c’est là le noeud du problème : pour déplacer quelques tonnes de métal, de verre et de plastique, il faut énormément d’énergie. À titre de comparaison, à poids égal, l’essence contient près de 500 fois plus d’énergie qu’une batterie automobile ordinaire acide-plomb. Les batteries de portables Li-ion font un peu mieux, six fois mieux en fait, mais cela veut dire qu’un seul petit litre d’essence contient autant d’énergie que 65 batteries de 1 kg. Donc, pour une voiture dont le réservoir contient 70 litres, il faut une batterie de 4500 kg (plus de deux tonnes !) pour simplement stocker autant d’énergie que le réservoir en question. Comme ou peut le constater, l’essence est encore un formidable moyen de transporter une grande quantité d’énergie dans un volume restreint.

Deuxièmement, l’énergie électrique stockée dans les piles, elle doit bien provenir de quelque part. Si, au Québec, notre énergie est d’origine hydro-électrique et relativement propre, il n’en va pas de même partout. Beaucoup de pays produisent leur électricité à l’aide de centrales au charbon, au gaz naturel ou même au diesel brut. C’est donc dire que la voiture électrique ne polluera pas moins, mais que cette pollution sera simplement délocalisée vers les centrales thermiques qui tourneront à plein régime pour charger les batteries de ces voitures. Et pensez-vous que le réseau d’Hydro-Québec sera capable de suffire à la demande d’énergie de milliers de voitures en plein mois de janvier, alors qu’il est déjà à la peine pour simplement chauffer nos résidences ? J’en doute fort.

Non, de façon réaliste, l’avenir de la voiture comme moyen de transport individuel passe par une redéfinition de celle qu’on connaît aujourd’hui. Ce sera une évolution, et non une révolution. Les grands axes sont connus : moins de poids, moins de performances, moins de vitesse, en gros, moins de pertes d’énergie par friction avec le sol ou avec l’air. En plus, on cherchera une meilleure efficacité globale, qui passera par la récupération de l’énergie dépensée, tout comme le font les véhicules hybrides actuels. Une voiture hybride ultralégère, propulsée par un tout petit moteur, qui peut à peine atteindre les 120 km/h et dont la carrosserie serait profilée à la perfection serait l’idéal. Pensez à une Citroën Deux-Chevaux modernisée et vous aurez une bonne idée d’une voiture du futur consommant à peine 2 ou 3 litres par 100 km, à condition de rouler sous les 100 km/h. Quatre places, un petit coffre, la climatisation, des roues étroites offrant peu de résistance au roulement, des suspensions souples, une mécanique hybride miniaturisée et optimisée pour l’économie, des trains roulants adaptés aux faibles vitesses qu’elle pourra atteindre, pas de masse inutile (insonorisants, roue de secours, accessoires électriques), voilà le portrait de la voiture du lointain futur.

Cette utopie roulante est beaucoup plus près de la production qu’une voiture électrique rechargeable sur le secteur, j’en suis certain. Les technologies existent déjà et sont fiabilisées, tout le contraire de celles qu’on nous promet pour la future voiture tout électrique. D’ailleurs, Chrysler avait déjà exploré cette avenue en 1996 avec un véhicule concept mû par un petit moteur Briggs and Stratton, en vue de la distribution dans les pays émergents. C’était la Chrysler Composite. Et le plus beau dans tout cela est que vu son faible coût d’acquisition, chacun pourra s’en procurer une pour les déplacements quotidiens tout en conservant son gros VUS pour déguerpir vers le chalet avec bateau, famille et bagages, la fin de semaine venue.

Alors, malgré l’aspect séduisant des véhicules tout électrique, tout porte à croire que la mobilité personnelle passera encore par le moteur à combustion interne pour de nombreuses années, sous une forme moins énergivore toutefois. C’est bien là la seule bonne nouvelle de la récente hausse du prix de l’or noir.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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