Édito VOL.12 ÉD.20 – OCTOBRE 2008

Pour partager :

Le mot de la Rédaction :

Ces années-ci, la production automobile est extrêmement fournie et variée : on dénombre près de 300 modèles sur le marché canadien, provenant de plus de 40 constructeurs différents. Il y en a pour tous les goûts, ou presque. En effet, en Amérique du Nord, il nous manque les micro-voitures à vocation urbaine, fort populaires au Japon, et les petites citadines européennes pour que l’éventail offert ici soit aussi varié qu’ailleurs. Sinon, tous les segments sont couverts, de la compacte à la limousine, du VUS miniature au 4x4 géant, de la sportive à la fourgonnette à 8 places.

Par contre, si toute cette variété est intéressante pour le plus grand nombre, je ne trouve plus dans la production actuelle des voitures dont la seule fonction est de montrer que son propriétaire est un anticonformiste, un original, un électron libre. Vous savez, c’est ce genre d’individu pour qui le choix d’une voiture reflète parfaitement la personnalité de celui qui la conduit, et que conséquemment, il ne peut être vu au volant de ce que monsieur Toutlemonde conduit. Dans les années 60, il aurait choisi une Buick Riviera, une Oldsmobile Toronado, ou même un coupé européen. Pour ceux dont les moyens étaient plus modestes, le choix d’une Toyota Corolla ou d’une Karmann-Ghia de VW vous assurait d’un statut particulier simplement par leur rareté sur les routes à l’époque. Durant les années 1970, les années noires de la production automobile nord-américaine, se démarquer était encore possible en choisissant une des rares voitures française, britannique ou italienne encore disponible chez nous. L’iconoclaste pouvait rouler en Renault 17, en Citroën DS, en Lotus Europa, ou encore en Lancia Beta. Leur allure si particulière, leur mécanique à l’opposé des standards nord-américains et le simple fait de devoir expliquer l’achat d’un tel bolide justifiait aux yeux des anticonformistes ce choix à contre-courant. Durant les années 1980, malgré la disparition de nombreuses marques, il était encore possible de rouler différent : celui qui roulait en Saab 900, en Buick Reatta, en Merkur XR4ti ou en Audi Coupé se voyait affublé de bizarre surnoms, ce qui n’était pas pour lui déplaire. L’iconoclaste désire ardemment rouler différent, peu importe l’époque.

Mais vous me voyez venir : aujourd’hui, en 2008, quelle voiture neuve choisira celui ou celle qui désire « rouler différemment » ? J’ai posé la question à mes gérants d’estrade préférés, et le problème les a laissés perplexes. « Clubman », a répondu mon Gallois de copain, vous savez, celui qui roule ici au Québec dans une voiture avec conduite à droite (oui, oui, il est lui-même un excentrique). Pourquoi ? Parce que ca ne sert à rien, une MINI allongée, et que son allure est bizarre. « Saab décapotable », m’a répondu mon architecte de beau-frère.

Pourquoi ? « Parce que les couleurs sont originales, le style est discret, la ligne est harmonieuse, pas agressive. » « Audi A3, Volvo C30 ou smart», m’a répondu mon actuaire de copine. Pourquoi ? « Parce que ces voitures sont rares, parce qu’elles vont à l’encontre de la norme dans la gamme de leur constructeur. Mais je verrais aussi une Jeep Wrangler, parce c’est absolument inutile dans la vie courante ».

Moi ? Je suis bien embêté : je trouve que l’excentricité à quitté la production automobile moderne. Pour l’ingénieur qui sommeille en moi, l’offre actuelle est d’une pauvreté affligeante. C’est qu’on a nivelé par le haut, on a éliminé tout ce qui ne se vendait pas assez, et souvent c’est ce qui faisait la spécificité d’une marque. Les voitures actuelles sont plus faciles à vivre, et aussi plus agréable à conduire, mais certains constructeurs ont certainement perdu une partie de leur âme en délaissant leurs modèles moins vendeurs. Si je devais choisir une voiture de fonction qui me représenterait bien sur le plan de l’image, j’hésiterais fortement moi aussi entre une Clubman et une C30 (j’aime beaucoup l’inutilité) mais je verrais aussi la future Cadillac CTS familiale, surtout si la version à moteur diesel et boite manuelle arrive chez nous. Avec une telle monture, c’est quatre éléments qu’il faudrait justifier à chaque arrivée dans un nouveau groupe : une américaine assez chère (pourquoi pas une Allemande ?), familiale (t’aurais pas aimé mieux un VUS ?), à moteur diesel (pourquoi ?) et à boite manuelle (t’avais pas les moyens pour l’automatique ?). Et sur le plan du style, sa gueule carrée ne laisse pas grand monde indifférent. C’est le mieux que j’ai trouvé, et encore, elle n’est même pas encore en vente. Et vous, quelle voiture 2009 vous dit que son conducteur est un anticonformiste ?

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

Pour partager :