Édito – VOL.13 ÉD.04 – MARS 2009

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Le mot de la Rédaction :

La nouvelle vient tout juste de tomber : la marque suédoise Saab est maintenant indépendante, et se place sous la loi de la protection contre les créanciers. Triste nouvelle s’il en est une. Ce n’est évidemment pas de l’ordre de la guerre en Irak (ou pire encore selon certains, les déboires des hockeyeurs montréalais…), mais pour moi c’est bien plus grave. C’est que Saab représentait encore une certaine vision de la construction automobile, mais une vision ancienne et désuète, bien entendu ; l’originalité comme argument de vente. Pourtant, les derniers modèles étaient tout sauf des Saab : la 9-2 venait de chez Subaru, le 9-7 de chez Chevrolet, la 9-3 utilise des moteurs de chez Opel et Vauxhall. Il n’y a que la 9-5 qui est encore une Saab typique (son moteur turbo de 2,3 litres est toujours un bloc Saab exclusif), bien que les défuntes Saturn L et Opel Vectra en partagent la plateforme et l’architecture électronique.

Bon évidemment en 2009, jouer la carte de l’originalité n’est plus un argument de vente auprès du grand public ; l’automobile est plutôt vue comme un mal nécessaire, et non une façon de se démarquer des autres comme à une certaine époque. Cette époque, celle des bonnes années du petit constructeur suédois, ce sont les années 60 et 70. Il faut dire que le marché n’était pas aussi organisé qu’aujourd'hui ; il existait alors de petits concessionnaires dont la clientèle était essentiellement locale qui vendaient plusieurs marques de voitures : je pense aux italiennes (Fiat, Alfa-Romeo, Lancia) qui étaient regroupées avec Volvo, j’ai déjà vu un concessionnaire qui proposait des anglaises (Jaguar, Austin, Rover) aux côtés des Saab, il y avait même des concessions Jeep-Renault et Chrysler-Peugeot. Les ambitions économiques de ces concessions étaient souvent modestes, certaines étaient de petits mais authentiques garages à deux portes avec une salle de montre à une seule voiture, mais il y régnait une ambiance de camaraderie bon enfant et le commerce de voitures neuves était souvent secondaire. Le rachat des petits constructeurs par les géants a mis fin à cette sympathique pratique qui, si elle n’était pas génératrice de profits colossaux, avait au moins le mérite d’ajouter un peu de couleur au paysage automobile.

Aujourd’hui, les petits constructeurs doivent atteindre des chiffres de vente comparables à ceux des ténors de la catégorie, sinon, ouste, du balai, il n’y a pas de place pour eux. Pourtant, il existe une partie de la population qui cherche autre chose que la performance optimale ou le prestige d’un logo, des gens pour qui expliquer pourquoi ils ont choisi une marque plutôt qu’une autre est un plaisir. Vous aurez compris que j’en fais partie. Nous avons d’ailleurs une Saab comme voiture familiale, un grand break 9-5 acheté d’occasion, qui remplit parfaitement ce rôle : richement finie et ultra confortable, la mécanique est originale (un quatre cylindres turbo à boîte manuelle dans une telle voiture ?), la sécurité est évoluée et les coûts d’entretien sont raisonnables. Et surtout, on en voit très peu sur les routes, gage d’une certaine exclusivité. De nos jours, les petits constructeurs sont pratiquement tous disparus du paysage et ceux qui survivent doivent partager leurs plateformes et leurs moteurs avec des éléments plus populaires. On n’a qu’à penser à Jaguar, à Volvo, à Bentley, à Aston-Martin.

Je ne sais pas si le phénomène est irréversible mais la tendance est lourde : les grands groupes multiplient les marques (Toyota-Lexus-Scion-Daihatsu, Nissan-Infiniti-Renault-Dacia-Samsung, VW-Bentley-Audi-SEAT-Skoda, etc.) mais le partage d’éléments mécaniques communs est toujours plus présent et la diversité réelle est en nette régression. Ce n’est pas de bon augure pour les petits constructeurs qui prônent une vision différente de la chose automobile. La marque Saab avait atteint à la fin des années 1980, soit juste avant son rachat par GM, un statut intéressant : celui de produire des voitures pratiques, confortables et solidement construites, mais dont l’allure était tout sauf conventionnelle. Les modèles d’alors étaient les 900 et les 9000 et n’ont toujours pas été remplacés dans le coeur des amateurs. La gamme actuelle est paradoxalement beaucoup plus conventionnelle autant sur le plan stylistique que mécanique, mais les ventes sont décevantes. La faute en revient principalement à GM qui a voulu en faire une concurrente des Audi, BMW et autres Infiniti mais sans lui donner les munitions pour se défendre en la renouvelant plus souvent (la 9-5 date de 1997, la 9-3 de 2002).

Si elle survit à la tempête actuelle, j’espère que Saab reviendra à ses valeurs originales, originalité, confort, innovation, anticonformisme, en adaptant cela aux normes modernes. Et je la verrais bien de retour dans une concession multi marque, aux côtés de ses anciennes copines, les Jaguar, les Lancia, peut-être même les Citroën, vous savez les voitures de ceux qui aiment rouler différemment.


Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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