Édito – VOL.13 ÉD.05 – MARS 2009

Pour partager :


Le mot de la Rédaction :

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve que le marché automobile actuel est fort différent de celui que j’ai connu durant ma jeunesse. Peut-être est-ce parce que je vieillis, mais je trouve que la voiture, comme bien de consommation, a beaucoup perdu de sa désirabilité.

Autrefois, l’achat d’une nouvelle voiture, qu’elle soit neuve ou d’occasion, était un évènement spécial : on la montrait fièrement, on en faisait le tour avec les amis, on lui prodiguait de petits soins, on lui souhaitait le bienvenue dans la famille, en quelque sorte. Aujourd’hui, il me semble que ce n’est plus le cas ; l’achat d’une nouvelle voiture est un acte banal, un mal nécessaire, une plate nécessité. Pire, la voiture est souvent vue comme seule responsable de tous les maux de la planète allant du réchauffement climatique à l’étalement urbain, en passant par la hausse des maladies respiratoires. Tout cela n’est pas complètement faux, c’est évident, et il est vrai que la possession d’une voiture implique un tas de contrariétés. Mais je me demande si nous ne sommes pas arrivés au bout d’un cycle et que les malheurs actuels des constructeurs automobiles sont tout simplement liés au fait que les consommateurs ont changé leur attitude face à l’automobile : la voiture n’est tout simplement plus une priorité pour une majorité de gens, alors ils dépensent moins d’argent à ce poste, faisant ainsi fondre les profits des constructeurs.

Autrefois, durant la première moitié du XXe siècle, la seule possession d’une automobile personnelle était un aboutissement important, une preuve de réussite professionnelle et sociale. Durant les années 50, l’automobile connut un boom important et représentait alors la liberté, les vacances en famille, l’agréable vie tranquille dans la banlieue, loin des villes. Les autoroutes étaient encore rares, le trafic n’était pas aussi dense qu’aujourd’hui et l’usage d’une auto apportait encore plus de bienfaits que d’inconvénients. C’est durant les années 60 et 70 que le système se déglingua : trafic en hausse, pollution aérienne, smog permanent au dessus des grandes agglomérations, crise du pétrole, hausse vertigineuse du coût des assurances, qualité en baisse, rouille endémique, gros et affreux pare-chocs obligatoires, la liste est longue, et sombre.

Les années 1980 et 90 ont rajouté d’autres problèmes : la mode de la refonte aux quatre ans lancée par les constructeurs japonais a mis une pression sur les petits constructeurs indépendants qui, ne pouvant suivre, ont tous été rachetés par de grands groupes. Ils ont ainsi perdu une grande partie de leur spécificité et de leur pouvoir d’attraction. Et l’offre sur le marché automobile s’est rétrécie. Les modèles populaires, eux, en changeant de face tous les quatre ans, sont devenus des consommables, des fournitures de bureau. Même les voitures de luxe ont tenté de suivre l’infernal tempo, au risque de perdre l’élégance et le chic intemporel qui vont de pair avec les plus belles créations. L’oeil a besoin de temps pour s’habituer à la nouveauté. Au même moment, la location à long terme a encore rajouté une distance avec l’objet automobile : quand on n’est même pas propriétaire, il est difficile de s’y attacher. Aussi, la location a permis à beaucoup de gens de se balader dans des voitures qu’ils n’auraient jamais pu se payer : une valeur de reprise élevée permettait en effet de louer une Acura au prix d’une Honda. Encore une part de rêve qui s’étiole, encore un pas de plus vers la banalisation de l’automobile.

Finalement, la voiture moderne s’éloigne encore plus de l’objet désirable parce qu’elle ne demande plus de ces petits soins réguliers qui rapprochent les êtres, et que sa fiabilité permet de l’oublier dans l’entrée pendant de longues périodes. Les intervalles d’entretien sont plus longs, et les moteurs d’aujourd’hui ne nécessitent plus aucun réglage. Et ce que l’on faisait auparavant avec une simple clef de 17 mm et un cric demande maintenant de brancher un ordinateur pour éteindre le voyant qui nous rappelle de faire la vidange d’huile. Alors hop !, au garage, c’est plus simple. Vous voulez permuter les roues ? Vous n’y pensez pas, avec des roues de 20 po qui pèsent trop lourd pour être manoeuvrées par un seul homme. Hop !, au garage.

Maintenant, on tourne la clef, et c’est tout. Quand ça ne part pas, on appelle le CAA, on nous prête une voiture de courtoisie, et la garantie extra longue prend soin de notre moyen de transport. Parce que ce n’est plus une voiture que nous conduisons, ce n’est plus une amie longuement courtisée et bichonnée régulièrement, c’est un simple et anonyme « dispositif de mobilité individuelle ». Les temps changent, il semble, même pour l’automobile. Il faudra donc que les constructeurs s’adaptent à cette nouvelle réalité s’ils veulent prospérer dans le futur.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

Pour partager :