Édito – VOL.13 ÉD.09 – MAI 2009

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Le mot de la Rédaction :

Comment avez-vous célébré le Jour de la Terre, le 22 avril dernier ? Moi, j’ai sauvé un bazou d’une mort certaine. Oui, oui, plutôt que d’envoyer cette malheureuse Mazda 1992 de 300 000 km à la casse pour y être complètement démantelée et dûment recyclée, si ce n’est comprimée en un petit cube de métal, j’ai préféré l’accueillir chez nous, en guise de « voiture du lundi ». La voiture du lundi est la voiture que les chroniqueurs autos utilisent le lundi, et seulement le lundi, lorsqu’ils ont à se déplacer d’un endroit à un autre pour y quérir leur voiture d’essai de la semaine. Certains utilisent plutôt le covoiturage avec des collègues, d’autres utilisent des voitures prêtées pour des essais à long terme, certains autres préfèrent le taxi ou le métro. Mais moi qui travaille solo, qui ne suis pas un lève-tôt et qui retourne certaines voitures à des heures indues le dimanche soir, il me fallait une « voiture du lundi ». Oh, elle possède aussi un prénom : Sophie. C’est du moins ce que son ancienne propriétaire m’a dit.

Cette merveille doit posséder plusieurs qualités. La première est la fiabilité : elle doit partir au quart de tour, une fois par semaine, et rouler une petite vingtaine de kilomètres, une cinquantaine au maximum, sans rechigner. Il lui faut donc une batterie bien chargée (et  une deuxième dans le coffre avec des câbles de survoltage, au cas où…), pas de fuites d’essence ni d’huile, de bons pneus qui ne se dégonflent pas, et c’est à peu près tout. Pourtant, Sophie offre beaucoup plus : un chauffage fonctionnel et puissant, des fenêtres et un toit ouvrant toujours opérationnels et même des essuie-glaces et une radio qui fonctionnent. C’est pratiquement le grand luxe pour une « voiture du lundi ». Le ralenti demandera bien quelques ajustements et les freins broutent un peu, mais ca ira. Il n’y a pas la climatisation, mais je m’y ferai : je n’aurai qu’à m’habiller légèrement pour les quelques mois chauds.

Elle doit aussi être invisible et sans valeur sur le marché : c’est qu’elle passera ses journées, et surtout ses nuits, garée dans un obscur recoin d’une concession automobile, ou pire, dans un stationnement non gardé dans un sombre parc industriel désert. Il faut donc qu’elle soit assez vieille pour ne pas valoir grand-chose, que sa peinture ne soit pas toute fraîche, et que sa teinte la rende le moins visible possible. Ma Mazda remplit ces conditions à merveille : elle est grise comme l’asphalte, il n’y a pas deux parties de la carrosserie exactement de la même teinte, et de légères traces de rouille viennent maculer ses ouvrants. On dirait qu’elle arbore une tenue de camouflage pour guérilla urbaine. De plus, elle porte encore ses petites roues d’origine en acier, des 13 pouces, sur lesquelles trônent de magnifiques enjoliveurs qui autrefois étaient argentés, mais qui maintenant sont d’une indéfinissable couleur vert-de-gris : personne ne me les chipera. Elle est parfaite.

J’aurais aimé me procurer une ancienne, une voiture plus intéressante sur le plan du style ou même une camionnette plus très jeune et qui aurait eu l’avantage de servir de bête de somme à quelque occasion, mais la réalité m’a rattrapé. Une ancienne aurait eu besoin de soins et de traitements fréquents ; c’est la façon de se rappeler au bon souvenir de leur propriétaire. En bouffant la courroie de distribution ou en collant un frein de temps à autre, elles forcent leur propriétaire à les faire rouler pour « amortir leur investissement ». J’avais l’oeil sur une Vauxhall de 1968, sur une Renault de 1985, et même sur un S-10 plus très frais. Mais voilà, ces voitures ne remplissaient pas les conditions de fiabilité et d’invisibilité de ma japonaise et elles auraient probablement fait de l’ombre à ma Quattro pour un certain temps, qui alors n’aurait pas manqué de s’immoler par le feu, par jalousie. J’ai préféré jouer profil bas avec cette petite berline anonyme : d’ailleurs, elle ne l’a même pas remarqué encore, alors je croise les doigts. Si tout va comme prévu, elle ne devrait pas être à la maison plus de quelques semaines par année, lors des vacances. Mais là, il faudra faire attention : elles seront toutes deux garées l’une à côté de l’autre. Je vais donc m’assurer que la belle soit du bon côté, celui qui profite du meilleur ensoleillement.

Bien sûr, les environnementalistes me reprocheront de continuer de faire rouler une polluante voiture d’avant 1995, une voiture qui émet 20 fois plus de pollution atmosphérique plus que celles d’après 2004. Soit. En contrepartie, et pour montrer ma bonne volonté, je vais dorénavant faire du compostage, je soutiendrai un fermier écolo pendant les 6 prochains mois en lui commandant des légumes et des fruits biologiques à chaque semaine, et je vais utiliser mon vélo pour aller chercher la petite à la garderie le plus souvent possible. Ça va comme ça ? Je suis prêt à toutes ces concessions, mais de grâce, ne m’enlevez pas Sophie, je l’aime déjà.

Le Blog Auto

Rédacteur en Chef - autoExpert Le Guide

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