Ford Mustang Bullitt 2008

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Comme je suis né en 1965, je n’ai pas vraiment connu la fabuleuse période des voitures de sport américaines, mieux connues sous le vocable états-unien de « pony-cars ». De 1964 à 1973, les Mustang, Camaro, Challenger et Javelin (et leurs dérivées) ont représenté toute la liberté, la jeunesse et l’insouciance des années 1960. Racées et sportives, de plus en plus rapides au fil des ans, ces voitures de sport à la tenue de route aléatoire mais aux performances ahurissantes ont vu leur progression stoppée net en 1973 avec la première crise du pétrole, et la hausse faramineuse du coût des assurances. L’arrivée imminente des gros pare-chocs sécuritaires et du convertisseur catalytique ont scellés le sort de ces voitures à la vocation essentiellement ludique. Les générations subséquentes, à quelques exceptions près, ont toutes vues leurs performances diminuées et leur ligne édulcorée. Aujourd’hui, les survivantes s’échangent pour des sommes folles alors que les baby-boomers, les premiers acheteurs de ces voitures, désirent revivre leur folle jeunesse. Je ne peux les blâmer, je fais de même mais avec les voitures des années 1980, ma folle période personnelle. 

Alors, si je n’ai pas connu la première bataille de ces sportives, je suis bien là pour la version 2.0. J’ai donc mis la main sur une Mustang V8, en attendant de conduire ses rivales au cours de l’année qui vient. Ma voiture d’essai était la version Bullitt de la Mustang GT, une édition spéciale qui réfère à la voiture du film du même nom, tourné en 1968. Comme je n’avais jamais vu le film, j’ai poussé le professionnalisme jusqu'à le visionner, question de voir pourquoi Ford a décidé d’en faire une édition spéciale ; que voulez-vous, ce sont les risques du métier. Je n’ai pas trop souffert puisque le film a bien vieilli, que Steve McQueen est toujours aussi suave, que Jacqueline Bisset est toujours aussi jolie, et que la poursuite dans les rues de San Francisco est plutôt réussie. Par ailleurs, la Mustang du film est pratiquement un personnage tellement elle semble s’accorder parfaitement avec son pilote. Tous deux sont habillés sobrement, expriment une force contenue et semblent capables d’exploser à tout moment. Il en va de même de la version 2008, dont la robe discrète vert foncé et l’absence de décoration sont du meilleur effet. 

Donc, en supplément au prix de base de 34 000$ pour la Mustang GT, il faut ajouter 4500$ pour l’ensemble Bullitt (peinture, intérieur, roues et échappement spéciaux) et ma voiture d’essai avait aussi 3000$ d’équipement optionnel additionnel (système de navigation, téléphonie mains-libres, antivol), pour un grand total de 42 000$. Sur le plan de l’équipement, rien à signaler d’exceptionnel, sinon que le tableau de bord offre quatre jauges à aiguilles, comme dans le bon vieux temps : voltmètre, jauges de température et de pression d’huile, en plus de la jauge à essence. En plus, il y a place pour un afficheur de bord avec les informations courantes, consommation de carburant et autonomie, température extérieure et totalisateur partiel.

La sellerie est en cuir et offre des motifs qui rappellent ceux de la belle époque alors que le tableau de bord est recouvert d’un panneau imitant le fini aluminium bouchonné si cher au regretté Bugatti. Le coup d’œil est fort joli et on est retourné 40 ans en arrière au premier regard. Par contre, les matériaux employés, en particulier les plastiques, font pauvre au toucher même si leur fini est relativement mat. Bon, une Mustang n’est pas une Lexus, mais à 42 000$, on est en droit de s’attendre à mieux. C’est dommage car l’habitacle de cette Bullitt est bien conçu, l’ergonomie est excellente, même le système de navigation à écran tactile est facile d’utilisation. La coque est solide, les lourdes portières se referment avec un son rassurant, la climatisation est efficace, les sièges sont souples et confortables, franchement il n’y a pas grand-chose à reprocher à cet habitacle, à part la qualité des matériaux.

Sur le plan mécanique, la Bullitt est une GT améliorée : V8 de 315 cv (+15cv), rapport de pont plus court, suspension recalibrée et rabaissée de 6 mm, boite de vitesse ré-étalonnée, échappement imitant le son de la voiture du film, filtre à air à élément ouvert, plaquettes de frein spécifiques. Sur la route, cette Bullitt se comporte admirablement en usage normal : la suspension est souple et offre un grand débattement, le moteur est vigoureux et toujours présent, la boite de vitesse se manipule avec deux doigts, le freinage est mordant et facile à moduler, l’assistance de direction est bien calibrée, le niveau sonore est raisonnable, la visibilité est bonne, en bref, j’ai beaucoup aimé. Je pourrais très bien vivre au quotidien avec cette Mustang. Même la soute à bagages offre un joli volume, surtout qu’il n’y a pas de roue de secours et que son emplacement offre un supplément non négligeable. J’ai aussi réussi à installer deux sièges pour enfants à l’arrière, et les deux merveilles en ont profité pour piquer un roupillon lors d’une ballade dans l’arrière pays : pas de doute, cette Mustang est fort civilisée malgré sa cavalerie imposante.

Quant le tempo se hausse, toutefois, elle perd un peu de sa superbe : l’essieu rigide à l’arrière provoque des écarts de conduite sur les mauvaises chaussées, sa haute stature et ses grandes roues à flanc haut, des 235/50ZR18 BF Goodrich g-force T/A KDWS (ouf !) la rendent délicate en virage rapide, et il ne manquerait pas grand-chose pour que le derrière passe devant. Sur le plan des performances en ligne droite, cette Mustang accélère avec vigueur, tellement que le passage rapide de la deuxième provoque un petit crissement des roues motrices. Par contre, lors des dépassements, il faut rétrograder quelques rapports car la réserve de couple à bas régime est faible et que la Mustang n’est pas un poids-plume (1600 kg). Sa consommation de carburant, quand la conduite est sage, n’est pas mauvaise : 11 L/100km sur la route à 120 km/h, et 17 L/100km en ville. La calibration du V8 permet l’usage des deux types de carburant, mais la performance s’en trouvera réduite dans le cas de l’essence régulière. 

Durant tout le temps que j’ai passé au volant de cette Mustang, je me suis dis qu’il était bien facile de revivre 1968 en 2008. Curieusement, il y a quelques semaines, j’ai rencontré un amateur que a décidé de revivre 1968 lui-aussi, mais en adaptant une mécanique récente (ensemble V8-boite de vitesse avec gestion électronique de Corvette 1998) dans une Camaro 1968. Son approche a le mérite de conserver la ligne originale tout en profitant des avancées mécaniques récentes. Dans les cercles spécialisés, on appelle cela des « resto-mod », ou des voitures restaurées avec modifications mécaniques. J’ai longtemps pensé que c’était la voie de l’avenir pour les voitures de collection dont la valeur est trop faible ou dont les pièces de remplacement sont introuvables. Vous savez quoi ? Je préfère encore l’approche de Ford qui propose de vivre le passé sans en subir les inconvénients. Quand l’offre est aussi bien ficelée, c’est le meilleur des deux mondes.

Vidéo Ford Mustang Bullitt 2008

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