Honda Odyssey Touring 2010

Pour partager :

Habituellement, le préfixe « mini » est employé pour désigner quelque chose de plus petit que la normale. Les exemples abondent : mini-entrepôt, minigo, minijupe, etc. Quant est venu le temps de donner une désignation à une nouvelle catégorie de voiture au début des années 80, des fourgonnettes au format réduit, on a bien sûr choisi le mot « minifourgonnette », parce que c’était justement cela, des mini-fourgonnettes. Au fil du temps toutefois, ces voitures ont gagné en volume et en poids, au point où celles qui sont toujours offertes en 2010 n’ont absolument rien de « mini » : ce sont toutes de grandes fourgonnettes, longues, hautes et larges, une taille en dessous des véritables fourgons utilitaires (Econoline, Sprinter, Express) il est vrai, mais ce n’est pas suffisant pour leur affubler le préfixe « mini ». Je propose donc qu’on fasse évoluer la langue française en suggérant ce néologisme, la « midi-fourgonnette ». C’est une blague évidemment, car je sais bien que c’est l’anglicisme « minivan » qui a court en général, mais bon, voilà, c’est fait. On pourrait aussi adopter le mot « monospace » qu’utilisent nos cousins français, un mot qui a l’avantage de ne pas faire intervenir la notion de dimension et qui se distingue du mot fourgonnette par ce qu’il transporte : le monospace est destiné aux passagers, la fourgonnette aux marchandises. Un monospace est donc un véhicule dont la forme est composée d’un seul volume, au contraire de la berline traditionnelle dont la forme est composée de trois volumes (compartiment moteur, habitacle, malle arrière). Un monospace peut donc être compact ou de taille normale, c’est toujours un monospace. Mais assez de considérations linguistiques, place au Honda Odyssey, certainement le meilleur monospace nord-américain. 

Pour la petite histoire, l’Odyssey est sur le marché depuis 1994, le modèle actuel fait partie de la troisième génération (en Amérique du Nord, car le modèle du marché japonais est différent) et en est à sa dernière année sous cette forme puisque la quatrième génération apparaitra à l’automne. L’Odyssey originale était élaborée sur la plateforme compacte de la Accord, et utilisait un moteur à 4 cylindres, une suspension indépendante et des portières arrière à ouverture pivotante, comme sur une berline. Trop petite pour les goûts des Américains, qui lui préféraient à l’époque les traditionnelles Caravan et Venture, beaucoup plus volumineuses, Honda l’a délaissée en 1998 pour lui préférer une fourgonnette V6 à portes latérales coulissantes, construite au Canada selon les goûts des nordaméricains. C’est cette architecture qui sert de base encore aujourd’hui à l’Odyssey 2010, même si la carrosserie a subit une mise à jour stylistique en 2005. 

Ma voiture d’essai était donc la version Touring à 8 places, intérieur cuir, lecteur DVD et tout le tralala. La facture s’élève à 49 700$, mais le prix de base reste sous les 32 000$. Peu importe le modèle toutefois, une seule mécanique est offerte : un V6 de 3,5 litres et 244 cv, accouplé à une boite automatique à 5 rapports. Curieusement, si le moteur est identique en puissance, les versions plus chères ont droit à plus de couple, 245 pi-lb au lieu de 240 pour la version de base, mais surtout au système de désactivation des cylindres, bon pour 1,0 litre/100km sur l’autoroute, et 0,7 en ville. On n’a jamais rien pour rien, dans la vie. Le reste de la fiche technique montre une suspension indépendante aux quatre roues, des freins à disque partout, une direction à crémaillère assistée hydrauliquement, et quelques aides à la conduite : antiblocage, antipatinage, antidérapage et antirecul en montée. C’est tout. Mais dans le cas d’un monospace, la fiche technique vient en troisième position, derrière l’aspect pratique (agencement des sièges, modularité de la soute à bagages, capacité de remorquage) et les accessoires ludiques (lecteur DVD, climatisation arrière, écouteurs sans fil, capacité d’écoute différente pour les passagers arrière). C’est comme ca. 

En fait, c’est tout aussi bien car la conduite de ces immenses salons roulants est pour le moins soporifique : la voiture penche beaucoup en virage, la pédale de frein manque affreusement de mordant, et les performances sont modestes en pleine charge. En contrepartie, le rouage moteur fait son boulot de façon impeccable : le moteur répond présent et ne semble pas à la peine, la boite sélectionne le bon rapport pour donner un peu de vivacité et leur interaction est impeccable. Aussi, le confort de suspension est princier, la visibilité est parfaite tout autour, le silence de roulement est impressionnant pour une telle caverne et l’Odyssey est relativement facile à conduire dans la circulation quotidienne. Pour le stationnement, c’est autre chose : avec plus de 5 mètres de long, et malgré le nez assez court, l’Odyssey demande de la patience dans les manoeuvres. 

Mais là ou le monospace brille de tous ses feux, c’est lors d’une ballade en familles, deux familles de quatre pour être exact, en direction de la patinoire du marché Bonsecours par un beau dimanche de février. Les quatre adultes et leurs quatre princesses bien assis dans de petits fauteuils de cuir, les 7 paires de patins, les sacs de sport et la poussette dans le coffre, c’est avec la « Mélodie du Bonheur » en toile de fond que la joyeuse bande s’est promenée à travers la ville. Après le patinage, et surtout après le restaurant du dimanche midi, les fillettes enfin assoupies, la ballade s’est continuée sur les abords de la Rivière-des-Prairies, en véritable tour guidé commenté par les parents, pendant près de deux heures. Vous savez combien est précieux ce temps où les enfants font la sieste et que les adultes peuvent enfin discuter des sujets qui les intéressent ? Et bien, toute la bande n’aurait pas été mieux installée dans un véritable salon : j’exagère un peu, mais il reste que ce genre de véhicule est tout de même hautement convivial, avec ses trois portes à ouverture assistée qui facilitent l’installation à bord et le chargement des bagages. 

Toute cette convivialité, et toute cette modularité, si pratique le dimanche, se paie le reste de la semaine, quand il n’y a qu’une ou deux personnes à bord. Durant l’essai, je n’ai pas vu la consommation baisser sous les 20 l/100km en ville, et comme l’afficheur refuse d’indiquer plus haut, j’ai longtemps cru qu’il était hors fonction. Néanmoins, sur autoroute, c’est 11 l/100km qui sont avalés, et la moyenne globale sur 850 km se situe à 13 l/100km (2/3 autoroute) selon l’afficheur de bord. En réalité, la consommation mesurée s’arrête à 13,7, ce qui confirme la relative bonne précision de l’afficheur.

En ce qui concerne la finition et la modularité, cet Odyssey révèle de nombreuses trouvailles et bien peu d’irritants. Ma voiture d’essai offrait la sellerie en cuir, mais celui-ci était plus proche du vinyle, étant dépourvu de la souplesse habituelle de ce genre de matériau. La planche de bord demande aussi une période d’acclimatation, car Honda croit toujours qu’il faut un interrupteur par fonction, au contraire de certains constructeurs qui regroupent les fonctions secondaires dans des menus accessibles par l’afficheur de bord ou l’écran de la navigation. Résultat, il y a une myriade de boutons et d’interrupteurs, mais on s’y retrouve facilement après quelques jours. Côté finition, c’est plastique non-moussé en majorité, mais on est à bord d’un monospace, après tout. Il y aussi de nombreuses trouvailles pratiques, comme la tablette repliable entre les sièges avant, le compartiment dans le plancher au centre de l’habitacle, les deux coffre à gants, la télécommande et les écouteurs sans-fils pour le lecteur DVD, les glaces descendantes pour la deuxième rangée, etc.

Clairement, le monospace est encore le véhicule idéal pour le transport de passagers : c’est toujours le champion de la convivialité, mais cette convivialité se paie en « désagrément » de conduite, en masse (2110 kg) et en encombrement. Au moins, à bord de l’Odyssey, il y a un sentiment de grande qualité, tant par la souplesse et la discrétion de la mécanique que par les mouvements solides et précis des différents mécanismes (sièges rabattables, portières latérales). La caisse est solide, l’assemblage est soigné et cela se perçoit facilement. Par contre, avec la désaffection que subit cette catégorie de «transport de troupes », les ventes vont décroissant depuis plusieurs années, on est en droit de se demander si les monospaces actuels ne sont pas devenus trop gros pour la majorité des gens. Il semble que non car Toyota, avec sa nouvelle Sienna, et Honda, avec sa prochaine Odyssey, ont choisi de continuer dans cette voie. Tant mieux pour les ballades du dimanche en famille.

Le Blog Auto

Pour partager :