Infiniti G37x 2010

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L'Infiniti G37 2010

Le sport, c’est bien beau et surtout excellent pour la santé (sauf pour les dopés…), mais dans la vie quotidienne, ce peut être légèrement agaçant. Regardez autour de vous, bien peu de gens portent un survêtement au bureau, rares sont ceux qui arborent leurs plus belles espadrilles au restaurant chic le jeudi soir et on n’a encore jamais vu un cuissard de vélo qui fasse bien à quiconque. De même, si la voyante veste aux couleurs d’une écurie de course est tout à fait à sa place dans un paddock de Grand Prix, elle détonera furieusement sur St-Denis le samedi après-midi. On voit bien ça et là quelques casquettes aux couleurs d’un constructeur de voitures de sport, mais elles sont pour la plupart portées par des jeunes et en opposition avec leur style vestimentaire, comme une façon de se démarquer de leurs congénères. Donc, le sport ne se conjugue pas au quotidien. C’est comme ça. Mais alors, pourquoi les voitures de sport, voyantes, inconfortables, peu pratiques et chères, sont-elles si présentes sur les routes ? A-t-on l’air d’un imbécile quand on roule tous les jours, dans le trafic, avec une voiture échappée d’un circuit ? Je me pose la question, car c’est sous le label de « voiture de sport » qu’Infiniti commercialise sa G37 coupé, et que je ne voudrais pas avoir l’air d’un idiot à son volant. Surtout qu’elle est d’un rouge tout à fait italien, et que sa sonorité est plutôt ostentatoire. Enfin, voyons comment se comporte une sportive dans la vie quotidienne d’un père de famille qui approche de la crise de la quarantaine… à moins qu’il ne l’ait déjà franchie.

Quelques précisions en débutant : la G37 est connue dans son pays d’origine, au Japon, sous le nom de Nissan Skyline et disponible sous trois carrosseries : coupé, berline et familiale. Ici, elle porte le nom de G37 pour les deux premières, et EX37 pour la dernière. Elle se décline en rouage à propulsion arrière ou intégral, dans ce cas elle prend le suffixe « x ». C’est cette voiture qui fait l’objet de cet essai : un coupé G37x à boîte automatique, équipé des ensembles Hi-Tech et Privilège, pour un total de 52 550 $. Mécaniquement, c’est un gros V6 de 3,7 litres de 330 cv accouplé à une automatique conventionnelle à 7 rapports qui propulse cette sportive, au travers d’un rouage intégral automatique mais non permanent, c'est-à-dire que l’essieu avant est embrayé sous certaines circonstances et que la voiture est en mode propulsion la plupart du temps. Tout comme chez BMW, cette approche permet de conserver un train arrière joueur mais avec la tranquillité d’esprit du rouage intégral quand ça va mal . Sur la neige toutefois, c’est moins efficace (et surtout moins amusant) qu’un rouage permanent à trois différentiels comme ceux des Subaru et Audi. Mais là n’est pas la vocation de cette voiture, même si c’est une sportive.

Très bien équipée, même mieux que ne le laisse suggérer son prix somme toute raisonnable, cette G37x offrait le régulateur de vitesse et d’espacement (c’est le nom officiel du régulateur de vitesse « adaptatif » qui maintient une distance constante avec la voiture devant), la navigation à écran haute-définition, la sellerie en cuir, la chaîne sonore Bose, l’accès sans clef, et tutti quanti… La finition est irréprochable, avec des matériaux de qualité où cela compte : la console est recouverte de véritable métal argenté, le levier de vitesse offre un débattement et des verrouillages très précis, la montre analogique est fort jolie et tout ce que l’on touche confirme cette qualité. L’ergonomie n’est pas parfaite, puisque quelques commandes sont masquées par le volant ou carrément hors de la vue du conducteur, parce que placées trop bas. Par contre, ce sont des trucs secondaires et ce qui compte pour la conduite est là où ça doit être. Il faut dire que l’habitacle de ce coupé est assez étroit et que l’espace y est compté. Sur la longueur toutefois, c’est mieux : l’accès à l’arrière est aisé avec ces sièges motorisés qui se déplacent vers l’avant au touché d’un bouton, et la petite princesse de 18 mois qui y résidait avait une vue panoramique au travers de la large surface vitrée. La grande princesse trônait toutefois à l’avant, puisqu’il n’y avait plus de place derrière le conducteur pour ses jambes, allongées qu’elles étaient par le siège d’appoint. Et pour les bagages, c’est moins rigolo : la soute à bagages est minuscule et ne peut même pas contenir debout des sacs d’épicerie en papier tellement sa hauteur est faible. Mais les sportifs sont connus pour voyager léger, n'est-ce pas ?

Parlant de voyage, la G37 sera une excellente partenaire : c’est que ce n’est pas une sportive pure et dure, au contraire. Souplement suspendue, la voiture est confortable et ne secoue jamais ses occupants. Elle absorbe magnifiquement les mauvaises routes et son amortissement retient les rebonds avec brio. Çà, c’est quand on roule à moins de 80 % de sa capacité. Quand le tempo augmente, elle perd de sa superbe et se plaint des mauvais traitements que le conducteur lui fait subir. Pire, elle sous-vire à qui mieux mieux et tire tout droit sur ses gommes d’hiver, des Bridgestone Blizzak LM-60 en 225/50R18, dès que le virage est serré. Pourtant, la version décapotable essayée l’automne dernier, chaussée de pneus quatre saisons, était pas mal plus neutre. On mettra donc la faute sur les pneus cette fois. Elle est donc un peu comme ces cyclistes du dimanche qui portent un ensemble casque-maillot-cuissard-souliers assorti à leur monture mais qui s’essoufflent à la première montée. C’est très joli, ça fait sérieux, mais ça ne fait pas le sportif, l’habillement. Pourtant, la G37 est plutôt rapide, elle, c’est seulement qu’elle n’aime pas les courbes serrées.

Quand vient le temps de ralentir, ce sont encore les pneus qui sont le maillon faible : les distances sont longues, et l’antiblocage est chatouilleux, surtout sur mauvaise chaussée. L’antidérapage, lui, est mieux calibré car son intervention est assez ciblée pour permettre un peu de latéralité avant de couper le plaisir. La direction est parfaite : finement calibrée, l’assistance est ferme et on sait toujours ce que font les roues avant. La G37x a donc un excellent châssis qui mérite des gommes de bonne qualité pour s’exprimer. En fait, la voiture offre un excellent comportement général, plus près de celui d’une GT, d’une voiture de Grand Tourisme, que d’une sportive. Ce concept très européen consiste, par exemple, à rouler d’un casino sur la Côte-d’Azur à une villa espagnole le plus vite possible, dans un maximum de confort. Ici, le monogramme GT est souvent attribué à la version sportive d’un modèle (comme dans Mustang GT) alors que ce n’est pas sa signification originale.

La G37 est donc une GT dans sa signification pure : rapide et confortable, luxueuse et bien finie, elle dorlote son conducteur quand elle roule dans sa zone de confort. Dépassé cette zone, elle se révèle bruyante et désarçonnée, ce qu’une véritable sportive éviterait grâce à des tarages de suspension plus fermes, grâce à des pneus plus accrocheurs. Les performances sont au rendez-vous, bruyamment certes, la boîte de vitesse et la direction renforcent le sentiment général de qualité, et tout cela pour un tarif fort raisonnable dans cette catégorie dominée par les allemandes. Mieux, son usage quotidien n’est pas une torture, au contraire, même pour la petite famille. Son rouage intégral temporaire à enclenchement automatique n’est pas ce qu’il se fait de mieux, mais sa présence discrète favorise les déhanchements et garantit des hivers sans histoires. Si on ne peut la qualifier de sportive, on peut certainement lui donner le qualificatif de « coupé athlétique », un peu comme ces hommes d’un certain âge qui ont su conserver un bon coup de patin et une précision dans les tirs au filet, même s’ils ne pratiquent plus aussi souvent que du temps de leur jeunesse.

Le Blog Auto

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