La Datsun 510 1969-1973

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Au début des années 1970, alors que le marché automobile est encore majoritairement américain, la présence japonaise se résume à quelques pâles copies de berlines anglaises et américaines, à l’échelle ¾. C’est avec l’arrivée de la Datsun 510 que les japonaises ont vraiment commencé à intéresser un grand nombre de personnes, surtout ici au Québec. Par la suite, Honda avec sa Civic et Toyota avec sa Corolla n’ont fait que de marcher dans les traces de la fabuleuse petite berline de Datsun, qui n’a toujours pas été remplacée dans le cœur des amateurs de la marque.

Plusieurs mythes courent sur l’origine du style de la 510, appelée Bluebird sur les autres marchés, principalement parce ses lignes font penser aux petites berlines de BMW de l’époque, ou même à certaines voitures italiennes dessinées par Pininfarina. La réalité est plus pragmatique, la 510 est issue du travail d’un designer japonais à l’emploi de Datsun, Teruo Uchino, qui s’est plutôt inspiré de la gamme Datsun de l’époque. Et si la ressemblance avec d’autres voitures moins prolétaires est si frappante, c’est que les fins piliers de toit, la grande surface vitrée et l’allure générale très carrée sont des traits caractéristiques des années 1960, peu importe la marque ou le pays d’origine.

La Datsun 510 était mécaniquement en avance sur ses concurrentes, japonaises ou britanniques, puisqu’elle proposait un vigoureux petit moteur de 1600 cc à arbre à cames en tête, une suspension indépendante aux quatre roues et des freins à disques à l’avant. La monocoque était aussi très rigide, ce qui lui conférait un comportement routier hors du commun, malgré ses petites roues de 13 par 4 pouces et ses pneus de qualité douteuse. Plusieurs propriétaires faisaient installer les nouveaux pneus radiaux, souvent des Michelin X, pour profiter pleinement de son comportement ludique.

Toute cette sportivité ne passa pas inaperçue à l’époque, et la 510 se retrouva sur de nombreuses pistes de courses en Amérique du Nord et sur les routes des rallyes africains. Sa solidité, ses performances et sa tenue de route en ont fait une adversaire redoutable pour des voitures autrement plus prestigieuses, comme les Porsche et Alfa Romeo qui se sont frottées à elle en course. Encore aujourd’hui, la 510 écume les circuits, puisque ses qualités de l’époque sont toujours présentes, en plus de son faible coût d’opération et d’entretien.

La 510 était disponible en trois versions, des berlines à 2 et 4 portières, ainsi qu’une petite familiale qui malheureusement troquait son essieu arrière indépendant pour un pont rigide à lames, parce que sa capacité de charge était supérieure. La boîte de vitesse comptait quatre rapports si manuelle, et seulement trois si automatique.

J’ai de merveilleux souvenirs de la 510 puisque quelques-uns de mes oncles en avaient acheté aux débuts des années 1970. J’en ai par la suite conduit une qui avait survécu aux affres de la rouille, son véritable ennemi. Je me souviens de la nervosité du moteur, de la légèreté de la direction, malgré l’absence d’assistance, et de la précision du levier de vitesse. Contrairement aux tractions, les voitures à propulsion bénéficie de roues avant qui n’ont pas à transmettre la puissance, ce qui permet de meilleures remontées d’information dans le volant, et pas d’effet de couple. De même, le levier est planté directement dans la boîte de vitesses et ne fait appel à aucun mécanisme ni tringlerie; la sensation de contrôle et de précision est étonnante dans notre monde moderne où tout est assisté et aseptisé. La dernière voiture que j’ai conduite qui m’a procuré cette sensation est l’ancienne Miata, la première génération de 1990-1998.

Alors, vous voulez vous procurer une 510 aujourd’hui, histoire de renouer avec les années 70, les couleurs criardes et les pantalons à pattes d’éléphant ? Bonne chance. Comme la plupart des voitures de cette époque, la 510 souffre de n’avoir reçu aucune forme de protection anticorrosion, à part la – mince - couche de peinture appliquée par l’usine. Elle rouillait donc allègrement, tellement que sa durée de vie au Québec ne dépassait guère une petite dizaine d’années. À la blague, on disait alors que lorsqu’il pleuvait, on pouvait entendre les Datsun qui faisaient « fssshhhh », puisqu’elles étaient en train de se dissoudre...

C’est grand dommage, car la mécanique est très solide, et les garnitures intérieures, peu nombreuses, vieillissent plutôt bien. De plus, la 510 possède un vaste réseau d’amateurs bien structuré, ce qui lui permet de profiter d’un stock de pièces de qualité pour pas cher.  Mais la corrosion à fait mettre le genou à terre à plusieurs 510, pas seulement pour des considérations esthétiques, mais bien parce que la coque elle-même était souvent atteinte. Donc, pour vous en procurer une, il vous faudra descendre vers la Californie, état qui a toujours eu un faible pour les petites voitures importées.

Et là, si vous en trouvez une, il y a de bonnes chances que la voiture ait été modifiée, puisqu’il est très facile d’installer un autre moteur Nissan, par exemple, un gros 2.2 litres de pick-up, pour obtenir un gain de performance pour pas cher. C’est, à mon avis, une hérésie, puisque le comportement tout en finesse de la 510 disparaîtra avec le gain de poids sur l’avant. Toutefois, je ne suis pas contre une mécanique préparée dans les règles de l’art, avec une culasse travaillée, un échappement tubulaire, deux carburateurs Weber et une boîte moderne à 5 rapports. Tant qu’à y être, je mettrais un différentiel autobloquant, que j’aurais prélevé sur une Subaru pour pas cher, et des roues « larges » de 13 x 6 pouces.


Et pour finir, je la peindrais orange ou vert olive ou jaune paille, en fait, de n’importe quelle couleur non-métallisée qui était offerte par Datsun. Ainsi gréée, la 510 sera performante, amusante, bruyante, voyante, délirante quoi !

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