La Manic GT: une Québécoise française

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1970-MANIC-GTL'industrie automobile québécoise s'est surtout concentrée à assembler les voitures conçues par les autres. Les usines les plus connues se résument, évidemment, à l'usine GM de Boisbriand, celle de Hyundai à Bromont et celle de Renault à St-Bruno. Mais plusieurs ont rêvé d'une voiture entièrement québécoise. Le rêve a bien failli se réaliser.

À la fin des années 60, Jacques About, un Montréalais né en 1938, travaille au département des relations publiques chez Renault Canada. Il est chargé, à l'époque, de faire une étude de faisabilité sur l'importation des sportives Alpine au Canada. Alpine était un manufacturier indépendant absorbé par Renault en 1974. Les Alpines étaient vendues en Europe par les concessionnaires Renault. Même si la conclusion de l'étude était positive, Renault décida de ne pas importer les Alpine.

Encouragé par cette étude, About quitte Renault pour construire sa propre voiture sport. Il construit d'abord une voiture de course nommé Manic GRAC. About fonde ensuite Automobile Manic Inc. en 1968 afin de construire le coupé sport deux-places Manic GT.

Jacques About est tellement enthousiaste et persuasif qu'il réussit à convaincre plusieurs grandes entreprises d'investir dans son entreprise. Bombardier, Steinberg et les Gouvernements du Canada et du Québec sont au nombre de ces aventuriers et bientôt, About a 1,5 million de dollars pour démarrer son entreprise. Une usine étant acquise à Granby, le design et la fabrication peuvent commencer. Selon son concepteur, la Manic GT sera joli, petite, offrira de bonnes performances et consommera peu d'essence.

Comme About était familier avec les pièces Renault, il signe une entente comme quoi il utilisera la plateforme de la Renault 10 comme base pour la Manic. La suspension sera à ressorts hélicoïdaux, une direction à crémaillère et quatre freins à disque. Le robuste moteur quatre-cylindres Renault avec soupapes en tête fait 1,3 litre. Il y a trois puissances: 65, 80 et 105 chevaux. La puissance sera transmise aux roues arrière par l'entremise d'une transmission manuelle à quatre rapports, le cinquième étant optionnel.

La voiture est un succès au Salon de l'Auto de Montréal 1970. L'assemblage est commencé à l'usine de Granby au rythme de plusieurs par jour, mais loin de l'objectif de 15 000 par année prévu. Le problème provient maintenant de Renault. La production des R8 et R10 achève et pose un problème de pièces à la Manic. About achète des pièces d'Espagne, du Mexique et des concessionnaires Renault locaux. Mais des pièces aussi essentielles que des boulons pour la suspension manquent à l'appel. Trois dollars de pièces manquantes et la production s'arrête.

Le jour fatidique survient le 20 mai 1971 après que seulement 160 exemplaires soient produits. Plusieurs voitures non terminées ont été vendues par le syndic de faillite. Dommage car la Manic GT avait été exposée au Salon de New York 1971 et About y avait déclaré avoir un contrat d'un distributeur américain pour 1000 voitures par année. Mais les investisseurs se sont désistés. Ce fut la fin de la dernière voiture conçue et construite au Canada.

Par Christian Gagnon - LeBlogAuto.ca

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