Lancia Aurelia B20 GT 1950-58

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La voiture mystère de la dernière édition n’avait rien de mystérieux pour les amateurs de Tintin : c’est en effet la voiture que conduit Arturo Cartoffoli, un italien au pied pesant dans l’album « L’affaire Tournesol ». Pour ceux qui ne le savent pas, Hergé a été un raconteur hors-pair, un témoin du 20e siècle, mais il a aussi dessiné des centaines de voiture, très fidèlement, dans tous les albums du célèbre reporter. Ce n’est donc pas surprenant que ces albums soient ma lecture de chevet depuis aussi loin que je me souvienne…

C’est donc une magnifique Lancia Aurelia B20 GT, une voiture dont la ligne frise la perfection par ses courbes et proportions idéales, et l’absence totale d’artifice décoratif. Un chef d’oeuvre sur roues. En plus de cette ligne intemporelle travaillée par les plus grands créateurs des studios italiens (Boano chez Ghia pour le dessin initial, et Pininfarina va le perfectionner), elle inaugure en production régulière un type de moteur qui est aujourd’hui commun, le bloc à 6 cylindres en V. Aussi, sa boite de vitesse est accolée au train arrière même si le moteur est à l’avant, pour favoriser une répartition des masses plus équilibrée. En plus, elle offre une carrosserie monocoque, une technique pas encore très populaire à cette époque. La carrosserie se composait donc d’une centaine d’éléments soudés à la plate-forme pour former une coque autoportante, un procédé de fabrication complexe et onéreux. Elle est considérée à juste titre comme la première voiture de Grand Tourisme moderne parce qu’elle combinait alors style, élégance, vitesse, rigidité et technique de pointe. Détail qui a son importance, les premières Aurelia B20 ne seront disponibles qu’en conduite à droite, le summum du raffinement alors en vogue en Europe.

La B20 était donc dérivée de la Aurelia B10, une élégante berline due au grand ingénieur Vittorio Jano. Doté d’un nouveau moteur V6 de deux litres et d’un empattement raccourci de vingt centimètres par rapport à la B10, le coupé B20 fait ses débuts au salon de Turin de 1951, soit un an après la berline. La mécanique fait appel à un moteur V6 de seulement 2,0 litres de cylindrée, principalement parce que la réglementation italienne taxait fortement les voitures dont le moteur dépassait ce volume, d’où la longue tradition de moteurs italiens pointus. Néanmoins, ce V6 offrait 75 cv au début, pour culminer à 120 cv et 2,5 litres à la fin de la carrière de l’Aurelia. La suspension était du type à pilier coulissant à l’avant, et à essieu de type de Dion à l’arrière, c’est donc dire que les deux essieux étaient rigides. Le freinage était assuré par des tambours partout. Malgré cette vétusté du châssis, le comportement routier était suffisamment affuté pour que la Aurelia B20 connaisse une intéressante carrière sportive.

Mais c’est dans le rôle que lui a réservé Hergé, une voiture rapide et sûre pilotée par un homme déterminé, que la Aurelia B20 brille de tous ses feux : alors qu’ils sont à la poursuite des ravisseurs de Tournesol, le pilote demande à ses passagers s’ils trouvent qu’il conduit trop vite. Tintin lui répond alors que ce n’est pas qu’il conduise trop vite, mais plutôt qu’il vole trop bas. J’adore.

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