Le cuir se démocratise

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Plusieurs voitures populaires l'offrent maintenant en option

Les voitures de grand luxe, comme cette Bentley Azure, proposent du cuir sur toutes les surfaces intérieures, y compris sur le tableau de bord

Au départ, l'aventure est bucolique. Mais elle ne le reste pas longtemps. Car si la route du cuir part des alpages et des prairies, avant de parvenir aux doux rivages du luxe, de la sensualité et du confort, elle passe forcément par un abattoir...

Les plus belles peaux, on les trouve chez les jeunes mâles. Les femelles? Jamais. Qu'elles aient vêlé ou pas, leur peau, plus souple, se détend trop rapidement. Conolly, fournisseur attitré de Rolls-Royce et autres constructeurs du genre, sélectionne exclusivement les bêtes élevées dans des prés qui ne sont pas délimités par des fils de fer barbelés. Pourquoi? Pour éviter les accrocs! Sage précaution, car les imperfections écartées au moment de la découpe ne permettent généralement d'utiliser que les deux tiers de la peau. Il faut approximativement quatre peaux pour réaliser l'intérieur d'une Jaguar.

Le tissu, le velours, c'est joli. Mais le cuir, c'est plus chic. Et plus résistant... Sous ce rapport, le cuir ne craint pas la concurrence des autres matériaux réputés nobles. Le cuir, de nos jours, n’est plus l’apanage des voitures de luxe.

Longue préparation

La réalisation d'une pièce exige une bonne vingtaine d'étapes, dont la plupart restent quasi artisanales. Ainsi, il faut de quatre à six semaines pour parvenir au produit fini (sièges, housse du volant, pommeau de levier de vitesse, panneau de porte). Un délai difficile à réduire, car la peau est une matière vivante qui requiert, après chaque manipulation, une période de repos. Résumons les principales étapes.

Première étape, le lavage des peaux. Âmes sensibles, prière de nous rejoindre au prochain paragraphe. Dès réception, les peaux encore couvertes de poils sont lavées une première fois. Les ouvriers travaillent dans une atmosphère moite pleine d'odeurs nauséabondes et pénétrantes. La deuxième étape maintenant. La peau est chauffée à 65 degrés Celsius, à plat, pendant cinq minutes, le temps de laisser l'eau s'évaporer. Si la température du four est trop élevée, le cuir se rigidifie et ressemble à du carton. Inutilisable.

Une fois ces deux étapes terminées, on effectue alors les premières vérifications. Les ouvriers repèrent les imperfections des peaux, qui doivent être impeccablement propres et sèches. En effet, la moindre humidité provoquerait une rétraction à l'usage.

Cette première sélection a pour objectif d'écarter les plus gros défauts.

C'est ici que le plaisir commence. À la quatrième étape. Les peaux sont teintes puis passées sous une presse qui leur donne leur apparence définitive. Ensuite, des techniciens détectent les ultimes défauts (bourrelets, piqûres d'insectes, cicatrices, etc.) et disposent les emporte-pièces sur la surface sélectionnée. Une fois le casse-tête résolu, les premières coupes sont effectuées.

L'ultime étape est l'assemblage des pièces. Des couturiers cousent ensemble les pièces estampées, doublées de textile. Agréable au toucher, le cuir doit également résister à la lumière, au frottement et à la transpiration.

Des couleurs folles

Pour réaliser le volant d'une Bentley, 12 heures de travail sont nécessaires, soit autant de temps que pour assembler toute une Chevrolet Cobalt à une chaîne de montage. Un parcours encore plus long en cas de commandes particulières. En laboratoire, ingénieurs et les techniciens se démènent pour obtenir les couleurs les plus délirantes. Tout cela pour que les sièges des Land Rover du président du Kenya soient tendus de cuir doré, ou que Rod Stewart reparte au volant d'une Rolls à l'intérieur rose fluo.

De nouvelles teintes plus chaudes font leur apparition, à la place des traditionnels gris, beige et noir. Ici, le cuir couleur tabac d'une Saturn Aura.

Pourtant, rares sont les coups de folie. En fait, si l'on prête foi aux statistiques, seulement 10 % des clients choisissent des couleurs vives pour l'intérieur de leur voiture. Le noir, le beige et le gris restent les teintes préférées des automobilistes. Qu'importe, chaque constructeur s'assure de nuancer les teintes pour obtenir un noir moins profond, un beige plus clair, etc.

Il y a cuir et cuir. Les Européens par exemple, sont beaucoup plus exigeants que les Américains.

Selon les plus récentes statistiques, deux véhicules sur cinq vendus aux États-Unis ont un intérieur habillé de cuir mais, très souvent, seule l'assise des sièges est vêtue de ce noble matériau. Tout le reste n'est que vinyle... Comment, vous ne le saviez pas? Pourtant, c'est écrit en toutes lettres dans les brochures publicitaires « surface en cuir seulement ». En Europe, le cuir répond à une envie de s'entourer d'un peu de luxe. Il faut savoir que, contrairement à l'Amérique du Nord, il n'est pas rare de voir les habitacles des Mercedes et des Jaguar dénués de cuir sur le Vieux Continent.

Plus cher que le tissu, le cuir est cependant plus pratique. Surtout quand vient le temps de s'extraire d'un véhicule haut perché. On n'a qu'à se laisser glisser... Plus facile d'entretien aussi. Un chiffon suffit pour déloger la tache laissée par un café renversé. Plus chaud aussi, car, à quelques exceptions près, tous les véhicules dont les sièges sont tapissés de cuir offrent des éléments chauffants en prime. Par contre, si vous espériez, au moment de la revente, récupérer votre mise, vous serez sans doute déçu d'apprendre que l'on n'offre que très rarement une somme supplémentaire pour la sellerie. C'est donc une dépense, et non un
investissement...

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