Le fondateur de la marque Alpine est décédé

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Les amateurs se souviendront de ses petites voitures bleues en dérapage dans la neige du rallye de Monte-Carlo.

L'histoire du sport automobile de l'après-guerre a été marquée par quelques pionniers. Jean Rédelé, mort vendredi 10 août à Paris à l'âge de 85 ans, faisait partie de cette génération de passionnés. A la fois pilote, constructeur et responsable d'écurie de course, il a été motivé toute sa vie par le drapeau à damier, symbole de victoire.

L'aventure commence en 1946, lorsque le jeune Jean Rédelé, diplômé d'HEC, abandonne la Régie Renault, où il effectuait un stage, pour relancer la concession automobile de son père, à Dieppe (Seine-Maritime). Après avoir reconverti des GMC abandonnés en France par les militaires américains, il se lance dans la vente de Renault 4 CV en devenant concessionnaire Renault.

Agréablement surpris par les qualités de la "Puce", comme on nomme à l'époque la 4 CV, il lance un défi au concessionnaire Peugeot de la ville. Sur un parcours entre Dieppe et Rouen, Jean Rédelé affirme ses qualités de pilote et découvre le plaisir de la compétition.

D'abord dans des rallyes régionaux puis sur toutes les pistes asphaltées, il engage les 21 chevaux de la petite voiture à quatre-portes. En 1952, il rêve de créer son propre modèle. Avec le carrossier italien Michelotti, il met au point un prototype en utilisant le châssis de la Puce.

Rallye de Monte-Carlo, Tour de France auto, Coupe des Alpes... le garagiste donne libre cours à sa passion du pilotage, notamment sur les routes de montagne, où il obtient ses meilleurs résultats. C'est dans les Alpes qu'il lance le pari d'appeler "Alpine" la vraie voiture de sport qu'il imagine construire.

Au fond d'un atelier du garage familial, avec les frères Chappe, il met au point la première "Berlinette". Une collaboration, souvent délicate, s'instaure avec la Régie Renault et permet en 1955 de présenter au Salon de Paris les premières Alpines A 106, le numéro étant une référence à la mécanique des 4 CV de la série 1060.

Devenu chef d'entreprise, Jean Rédelé se dit que les courses automobiles sont un espace d'exposition pour assurer la vente de ses voitures. La Coupe des Alpes ou d'autres rallyes permettent à l'Alpine de se distinguer. L'ancien compétiteur se transforme en responsable d'écurie.

En 1960 sort la Berlinette A 110, la célèbre Alpine restée dans les mémoires. Petite voiture, généralement bleue, elle séduit les enfants de la Libération avec ses quatre gros phares et ses vrombissements. Munie du moteur de la R8 Gordini, elle devient un petit bolide qui ne cède pas sa place dans les courses.

Les acheteurs se font plus nombreux et les petits ateliers de la rue Pasteur, à Dieppe, ne peuvent suivre la demande. En 1970, une usine est inaugurée dans une zone industrielle qui regroupe les espaces de production mais aussi le service compétition, de plus en plus important.

Les titres se succèdent en rallye avec des pilotes qui ont nom Jean-Luc Thérier, Jean-Pierre Nicolas, Gérard Larrousse, ou en circuit avec Patrick Depailler et Jean-Pierre Jabouille. En 1971, une Alpine remporte le Rallye de Monte-Carlo ; en 1973, l'écurie est sacrée champion du monde des rallyes devant Fiat et Ford.

La même année, Renault reprend l'entreprise dieppoise. Jean Rédelé devient alors responsable de l'écurie de course. Mais les chocs pétroliers puis la limitation de vitesse dissuadent les amateurs de voitures sportives. La belle aventure s'achève, il en reste Renault Sport Compétition, la structure qui a gagné le titre de champion du monde de formule 1 en 2005 et 2006.

Sur le plan mécanique, toutes les Alpine avaient leur moteur située en porte-à-faux arrière, comme une certaine Porsche 911, et leur carrosserie était en polyester et résine, collée sur un châssis-poutre similaire à celui des Lotus de l’époque. Malgré cette implantation mécanique peu propice au sport, Alpine, comme Porsche, a su perfectionner ses voitures pour en faire des bêtes de course au pedigree impressionnant.

Et tout comme Lotus, Jean Rédélé croyait beaucoup aux vertus de la légèreté sur les voitures de sport. Seules les dernières A610 ont eu droit aux équipements de confort propres aux voitures de Grand Tourisme, mais déjà, la marque était complètement sous la férule de Renault.

Le Blog Auto

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