Les phares antibrouillard

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Expression du style ou vraiment utiles ?

Dernièrement, je demandais à un ami pourquoi il roulait en permanence avec ses antibrouillards avant allumés. «J’ai le sentiment que les gens me voient mieux, que c’est plus sécuritaire» m’a-t-il répondu. Considérons-nous chanceux qu’il n’ait pas encore découvert le levier des pleins phares

L’éclairage extérieur d’une automobile est un domaine très bien encadré par des règles édictées par la SAE (Society of Automotive Engineers) et respectées par les grands constructeurs. Ces règles nous garantissent que les symboles qui nous indiquent une action sont tous les mêmes, par exemple, un feu rouge central signifie un freinage, et elles s’assurent de minimiser l’éblouissement des autres usagers de la route. Malgré cela, l’usage des phares antibrouillards en Amérique du Nord est un mystère pour la majorité des conducteurs. J’ai même vu récemment une publicité d’un constructeur japonais dont les voitures se baladent en plein jour, par beau ciel bleu, avec les antibrouillards allumés ! Bel exemple pour la jeunesse…

Comme une grande proportion de voitures récentes en sont maintenant équipées, une petite mise au point permettra à tous de comprendre le but, ainsi que l’usage correct des antibrouillards.

Les antibrouillards avant

Ces phares d’appoint, généralement placés au-dessous du pare-choc, ont un faisceau de lumière plat et large, à très courte portée. Le symbole au tableau de bord et sur l’interrupteur est un phare avec un faisceau orienté vers le bas. Leur rôle est d’éclairer la route lors d’épisode de brouillard (ou même d’averse de neige), tout en minimisant l’aveuglement du conducteur causé par la réflexion des phares principaux sur les gouttelettes d’eau en suspension. Pour être efficaces, ils doivent s’allumer indépendamment des phares principaux (feux de croisement ou plein phares), en conjonction avec les feux de stationnement seulement. Malheureusement, au Canada, l’obligation d’avoir des phares de jour permanents (voir plus loin) vient diminuer grandement l’utilité des antibrouillards avant sur la plupart des voitures.

À l’inverse, s’ils sont utilisés lorsque les conditions ne le justifient pas, par exemple lorsque la chaussée est détrempée ou lors de la conduite à haute vitesse, les antibrouillards sont une nuisance. En effet, lorsque la chaussée est reluisante, parce qu’ils sont placés très bas, les antibrouillards causent un éblouissement désagréable aux véhicules venant en sens inverse.

À haute vitesse, l’effet nocif est encore plus pernicieux pour le conducteur, puisqu’ils procurent un faux sentiment de sécurité. C’est que les antibrouillards éclairent la portion de la route située juste devant la voiture, au détriment de la vision à distance. Pour bien voir au loin, il faut minimiser l’éclairage proche, ce que font automatiquement les systèmes bien conçus en empêchant les antibrouillards de s’allumer avec les pleins phares.

Donc, pour en faire bon usage, les antibrouillards ne devraient être allumés que lorsque l’éclairage régulier provoque l’éblouissement du conducteur. Et lorsque cela se produit, la vitesse du véhicule devrait être réduite pour s’ajuster à la très courte portée de ces phares.

L’antibrouillard arrière

Équipement obligatoire en Europe, l’antibrouillard arrière est composé généralement d’un unique feu rouge, différent des feux de position et de freinage, situé du côté du conducteur à au moins 10 cm du feu de freinage. Sa puissance est similaire à celle d’un feu de freinage, mais son orientation est directement vers l’arrière de la voiture, pour percer le brouillard et les embruns projetés par les roues. Il ne sert pas à voir, mais à être vu. Il a aussi un potentiel d’agacement élevé, justement à cause de sa puissance et de son orientation.

Son symbole est similaire à celui des antibrouillards avant, mais avec le faisceau à l’horizontale. Pour l’allumer, il faut que les feux de position ainsi que les antibrouillards avant ou les feux de croisement soient en fonction. Il reste allumé aussi avec les pleins phares.

Son usage principal est de signaler sa présence à ceux qui suivent lors de conditions de roulage sous mauvaise visibilité. Au Québec, comme le brouillard est plutôt rare, c’est lors d’un gros orage ou lors d’une averse de neige que l’antibrouillard arrière se rend utile. Il faut dire que les feux de positions des voitures modernes n’ont plus que 5 watts (alors que l’antibrouillard produit 21 watts) et qu’ils sont peu visibles dès qu’ils sont souillés.

Les phares de jour

Depuis 1990, toutes les voitures vendues au Canada doivent être équipées de phares de jour automatiques, selon la norme CMVSS108. Ces phares de jour peuvent prendre diverses formes :

  • les feux de croisement allumés à 80%
  • les pleins phares allumés à 40%
  • les clignotants allumés à 100%
  • les antibrouillards allumés à 100%, en plus des feux de position.
  • tout l’éclairage extérieur allumé en tout temps.

Le but des phares de jour est très simple, favoriser une meilleure visibilité des usagers de la route. Toutefois, il ne faut en aucun cas négliger d’allumer les feux de croisement dès que la lumière naturelle diminue. C’est que ces phares de jour ne servent qu’à être vus, ils ne servent pas à éclairer la route.

Aussi, certaines de ces solutions provoquent des inconvénients, surtout que les voitures modernes ont tendance à inclure les feux et les phares dans un même bloc optique. Par exemple, les phares de jour peuvent masquer les clignotants si ceux-ci sont placés tout près. Chrysler a apporté une solution à cela, en éteignant le phare du côté où le clignotant est en fonction. Autre problème mineur, les phares de jour annulent l’utilité des antibrouillards puisqu’ils restent allumés en tout temps.

Comme l’éclairage d’une automobile a une fonction de visibilité en plus d’une fonction de signalisation, l’usage correct de tous les phares devrait être une notion bien comprise par tous, ce qui est loin d’être le cas. Peut-être que les manuels du conducteur fournis avec les voitures neuves n’insistent pas assez sur le sujet ? Ou que les conducteurs n’y prêtent pas assez attention?

A mon avis, c’est tout simplement que, trop souvent, l’apparence prime sur la fonction…

Le Blog Auto

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One thought on “Les phares antibrouillard

  • 10 février 2011 à 10 h 47 min
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    Maudit que vous avez raison et que votre article en dépit de son âge devrait être publié dans les journaux locaux, dans les chroniques automobiles pour sensibiliser les conducteurs de pickup qui ont toujours leurs arbres de noel allumés à l’avant(tous les phares feux de croisement et antibrouillards). Ils ne cessent de nous aveugler, et comme vous le dites si bien c’est plûtot pour l’apparence que l’utilité.

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