Par les chemins de traverse

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700 km sur nos routes, belles et moins belles…

« Le parti libéral est plus croche que les routes de la province, M. le Président ! » Ceux qui ont suivi la série télévisée « Duplessis » se souviennent de la célèbre boutade du chef de l’opposition québécois, lors des audiences des comptes publics.

Comme j’ai fait récemment près de 700 km sur les routes toutes en courbes de la Mauricie, de Portneuf et de Lanaudière, je comprends très bien la portée de ces accusations !

« M. le Président, j’exige que le chef de l’opposition retire ses paroles », a rétorqué le premier ministre d’alors, M. Taschereau. Et Duplessis, avec une mauvaise foi évidente, accepta de retirer ses paroles en déclarant : « Vous avez raison M. Taschereau, les routes de la province ne sont pas aussi croches que le parti Libéral ! »

Avec cette image en tête, je me suis donc dirigé vers la région de Portneuf, sans but précis, sinon que d’éviter les autoroutes et les routes principales, pour explorer l’arrière-pays québécois, à la limite de la plaine du St-Laurent et des contreforts des Laurentides. Donc, par un magnifique dimanche de printemps, j’ai sillonné ces régions vallonnées que je ne connaissais pas, et qui m’ont fortement impressionné par leur relief et l’absence surprenante de lignes droites. Je parle de routes secondaires et tertiaires, comme la 363, la 348 et la 350, en plus d’innombrables rangs de campagne qui ne sont même pas numérotés.

Ce qu’il y a de fabuleux à découvrir dans ce genre de promenade, c’est que ces routes semblent avoir été tracées bien avant l’apparition de l’automobile, alors que le seul impératif qui prévalait lors de leur élaboration était de rejoindre deux villages en contournant un maximum d’obstacle. Bien sûr, depuis le temps, elles ont été pavées et certaines courbes ont été adoucies, mais l’impression de refaire le même chemin que Caleb Bordeleau aurait suivi pour aller reconduire Émilie à son école, demeure.

En plus, pour nous résidents de la métropole, l’absence de trafic – je n’ai pas dépassé plus de 10 voitures de toute ma journée ! – est une bénédiction. On peut rouler doucement, le coude à la portière, en savourant un moment rare dans notre vie trépidante de citadins. Et n’allez pas croire qu’il faut rouler à tombeau ouvert, en faisant crisser les pneus à chaque virage et en dérangeant les riverains pour avoir du plaisir. Pour avoir ce genre de satisfaction, il existe des endroits dédiés à cela, et ce sont les circuits de course. Non, sur route ouverte, le plaisir est plutôt visuel, sonore, olfactif… même si quelques fois, une courbe plus serrée que les autres provoque une petite frayeur.

Par contre, et c’est cela qui me désole le plus, l’état de la chaussée lorsqu’on se rapproche de Montréal, est lamentable. Je comprends mieux pourquoi les gens qui vivent dans ces régions ont souvent de gros 4x4 comme véhicule courant. À trois reprises, à des vitesses inférieures aux limites imposées, ma voiture a lourdement talonné au fond de tranchées si profondes que le bouclier avant a touché le sol !

À une autre occasion, à la suite d’une de ces tranchées, j’ai bien senti la voiture s’allonger sur ses suspensions au point où j’ai crains d’en perdre le contrôle. Imaginez si j’avais roulé juste à la limite, j’en aurais perdu mes plombages, c’est certain !

En fait, il y a pire : au cours des 75 derniers kilomètres avant d’arriver à Montréal, je n’ai pas quitté la chaussée des yeux, à la recherche de la crevasse qui m’arrachera une roue ou de la tranchée qui me balancera dans le décor. Ce qui veut dire que je n’ai fait que conduire, crispé, le nez dans le volant et la mâchoire serrée, sans profiter du paysage. J’aurais préféré être sur l’autoroute à l’heure de pointe, ça aurait été moins stressant !

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