Quelques souvenirs…

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Les années 1970 vues par le pare-brise d'une Coccinelle rouge

Beaucoup de gens se souviennent avec émotion de leur première voiture, mais souvent aussi de la première voiture de leurs parents, surtout si celle-ci était une Coccinelle rouge...

Ma famille acheta sa première VW Coccinelle en 1960. Mon père était étudiant à l’époque, et cette voiture était ce qu’il y avait de plus abordable. Il récidiva en 1975 avec un modèle d’occasion destiné à un usage familial, et surtout maternel. Toute ma vie, je me souviendrai de ce jour de juillet lorsque mon père est arrivé avec ce fabuleux scarabée.

La Coccinelle rouge

Nous étions réunis chez mes grands-parents avec une cohorte complète d’oncles, de tantes et de cousins. Imaginez l’effet boeuf que fit mon père avec sa nouvelle acquisition. Surtout au près des jeunes comme moi. Tous ont voulu l’essayer, seulement certains ont réussi; je crois qu’il y avait une question d’âge ou de permis de conduire en cause… Par contre, j’ai monopolisé le siège du co-pilote toute la journée. Beaucoup d’arrêts au puits pour changer de pilote, mais la portière droite était bizarrement bloquée. En fait, je la tenais fermement bloquée. En quelques heures, j’étais un spécialiste de VW, surtout après avoir lu le manuel du conducteur au complet et observé tous ces adultes défiler à ma gauche. Bien sûr, avec mes 10 ans, je n’ai pu fournir le fameux permis de conduire nécessaire pour occuper ce siège si convoité.

La route des vacances

Par la suite, la vaillante petite voiture allemande nous a procurés, à ma famille et à moi, toutes sortes d’émotions. Par exemple, c’est à l’occasion d’un long voyage estival, au départ de Sept-Îles avec comme destination, les Îles-de-la-Madeleine (en passant par les Jeux olympiques de Montréal, rien de moins!), que j’ai compris le sens du mot « inconfort ». J’ai fait toute cette route assis à l’arrière, à 50 cm du moteur, sans climatisation ni fenêtres ouvrantes. 2200 kilomètres de vent et de bruit assourdissants, dans un endroit exigu, sans possibilité de parler à qui que ce soit sauf en criant. Parce que, souvenez-vous, la VW était une voiture particulièrement inconfortable, bruyante, peu performante, pas si frugale que cela, peu logeable. Mais la mémoire oublie facilement ces futiles considérations…

600 km de buée

Imaginez encore la route de la Côte-Nord, mais cette fois en plein janvier. La petite voiture rouge, bien qu’elle n’avait aucun problème de démarrage, n’offrait pas un chauffage et un dégivrage à la hauteur des hivers québécois.

Parce que, souvenez-vous encore, la VW faisait appel à de l’air pour refroidir son moteur et non de l’antigel. Et cet air était redirigé vers l’habitacle dans le vain espoir de le réchauffer et de dégivrer les vitres. Comme le Québec est une contrée quasi-polaire, VW offrait d’ailleurs une chaufferette supplémentaire à essence. Proche cousin du lance-flammes, ce tube de métal installé sous le tableau de bord se nourrissait d’essence pure et fournissait une chaleur intense dans un vacarme impressionnant. Mais la sortie d’air brûlant était dirigée directement sur les genoux des passagers avant, mais rien pour le pare-brise. On avait donc des passagers partiellement rôtis mais toujours pas de dégivrage digne de ce nom. Pour cela, il fallait manier le grattoir à toutes les 30 secondes, opération qui était souvent confiée au passager avant.

La roue de secours à plat

Autre bizarrerie, la VW n’avait pas de pompe électrique pour le liquide lave-glace. On utilisait de l’air sous pression contenu dans le pneu de secours. Pour utiliser cet air, on devait visser un petit tuyau sur la valve de la roue de secours. Évidemment, il fallait gonfler le pneu un peu plus fort, jusqu’à 35 psi, et une valve de sécurité stoppait l’usage lorsqu’on atteignait la pression requise pour rouler, 24 psi. Et évidemment, souvent, la valve ne fonctionnait pas bien. On s’en rendait bien compte lors de la première crevaison. Ce n’est pas pratique, un pneu de secours à plat.

C'est sous cette planche de bord que se cachait le lance-flamme (Illustrée à gauche) - Le bruyant quatre cylindres à plat, placé en porte-à-faux à l'arrière (Illustrée à droite)

Le bidon de secours

La Coccinelle n’était pas conventionnelle, le moteur était à l’arrière et la malle à l’avant. Cet espace contenait le réservoir à essence, le pneu de secours, la trousse d’outils et un petit espace de rangement. La jauge à essence n’étant pas d’une précision suisse, et le réservoir plutôt petit, la voiture a donc subi un nombre impressionnant de pannes d’essence. Ma mère, femme intelligente, transportait donc un bidon d’essence de secours, au cas où. C’était sans compter sur ses deux jeunes garçons, motoneigistes sans le sou, qui se servaient discrètement du bidon pour abreuver le Bombardier jaune. Et ce qui devait arriver, arriva : en panne au centre-ville, ma mère ouvrit le capot avant pour y chercher son bidon, qu’elle trouva, mais bien léger. Un imbécile qui passait par là lui crie alors : « Il n’est pas là le moteur, il est en arrière… ». Je ne vous dis pas l’ambiance lors du souper, ce soir là.

Aujourd'hui

J’en oublie, et des meilleures. Mais je doute fort que n’importe laquelle des nouvelles voitures m’offrira de si beaux souvenirs. Sans aucun doute, les modèles actuels de voitures abordables sont beaucoup plus fiables, économiques, pratiques ou confortables. Mais laquelle offre cette excentricité? Laquelle possède un surnom original comme Choupette, Coccinelle ou Beetle ? Je n’en connais pas. Les études de marché, les « focus group », la segmentation des marchés en niche et toutes les techniques modernes de marketing empêcheront qu’une telle histoire se reproduise. Et c’est bien dommage.

Le Blog Auto

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