Suzuki Grand Vitara 2010

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Au début des années 1980, Suzuki a été le premier à proposer au Canada des 4x4 compacts, des véhicules rudimentaires mais passe-partout. Le modèle alors vendu ici, le LJ80, avait déjà pas mal d’années au compteur car la première version datait du début des années 1970. Cette Jeep légère, LJ pourrait même signifier « light Jeep », était motorisée par un petit moteur de 800 cc, d’où son nom de modèle. Par la suite, Samuraï, Sidekick et Vitara ont tous gagné en taille en puissance et en raffinement, pour culminer aujourd’hui dans cette version Grand Vitara JLX à moteur V6.

Même s’il n’est pas de la toute dernière jeunesse, sa dernière refonte date de l’automne 2005, ce véhicule utilitaire sport compact « traditionnel » est toujours intéressant. En effet, alors que ses prédécesseurs étaient franchement rustiques et modestement motorisés, le modèle actuel est beaucoup plus raffiné. Il faut dire que son développement a été réalisé avec GM, à l’époque où le géant américain avait des ramifications dans plusieurs marques étrangères (Suzuki, Fiat, Subaru). Cet intérêt se traduit, dans le Grand Vitara, par des équipements intérieurs évolués, des suspensions très confortables et des aides à la conduite modernes. En effet, le modèle essayé, la version JLX à moteur V6, boite automatique et sellerie en cuir, offrait l’accès et le démarrage sans clef, les sièges chauffant, la climatisation régulée, le rouage intégral permanent avec gamme basse et différentiel central blocable, l’antidérapage (ESP) ainsi que l’assistance en descente et en montée. Mais le plus intéressant, c’est que tout cela ne coûtera pas plus que 33 200$. Mieux, la plupart de ces équipements sont de série même sur la version de base, offerte à 28 000$. Ce 4x4 est vraiment joliment équipé. À l’intérieur, on retrouve des textures et des finis intéressants sur la planche de bord et sur les contre-portes, même si la majorité des plastiques sont encore non-moussés. Le coup d’oeil est classique, l’ergonomie est sans reproches, et la visibilité est excellente. La climatisation régulée est bien conçue, patientant suffisamment longtemps pour que le moteur réchauffe avant de déclencher la soufflante, et par la suite, elle est pratiquement inaudible. Par expérience, je crois y déceler l’influence de GM, qui produit depuis longtemps ce genre de système automatisé et dont plusieurs constructeurs ont profités au fil des ans (Rolls-Royce, Jaguar, Audi, ). La radio, de son côté, qui offre une piètre qualité sonore malgré la présence de sept haut-parleurs et d’un caisson de basses, est dotée de commandes au volant.

Les sièges sont fort confortables, et la banquette arrière recèle une surprise : le dossier est inclinable, une touche bien appréciée des petits qui y piquent un roupillon en tout confort. Cette banquette est évidemment modulable, et elle
permet de dégager un plancher plat une fois rabattue vers l’avant. Les espaces de rangement sont nombreux et, pour la plupart, suffisamment volumineux pour être réellement utiles. On ne peut en dire autant du hayon arrière à
ouverture latérale : lourd et encombrant, parce qu’affublé de la roue de secours, la seule réelle utilité d’une telle disposition est d’être utilisable dans un endroit où le plafond est bas. Sinon, le volume de la soute à bagages est bon, et son accès est facile une fois la lourde porte déployée.

Le moteur V6 de ce 4x4 est un 3,2 litres d’origine Suzuki, produisant 230 cv et 213 pi-lb de couple. Il est accouplé à une boite automatique traditionnelle à 5 rapports, boite qui passe la puissance au travers d’un boitier de transfert 4x4 à différentiel central blocable. Ce qui veut dire que le Grand Vitara est en mode à quatre roues motrices en permanence, la moitié de couple allant à chaque essieu en temps normal, mais que le différentiel central peut être bloqué par le conducteur quand les conditions le nécessitent. Mieux, quand la route disparait, il est possible de passer en gamme basse qui démultiplie les cinq rapports par un facteur 2, et donc le couple disponible est multiplié par deux. Ainsi, le Grand Vitara peut franchir des obstacles impressionnants, une qualité traditionnelle des 4x4 Suzuki.

Sur le plan des performances, c’est tout juste moyen : les accélérations sont relativement rapides, 0-100 km/h en un peu moins de 10 secondes, mais par la suite, les réserves sont épuisées et les dépassements sont laborieux. Pourtant, le Grand Vitara affiche une masse fort raisonnable, à peine 1800 kg, mais les 213 pi-lb sont tout simplement trop justes. Au-delà de cet impair, le rendement du V6 est irréprochable : souple et onctueux, sa sonorité n’est pas désagréable, et il est dépourvu de vibrations parasites. La boite de vitesse à cinq rapports fait correctement son boulot, comme la grande majorité des boites autos modernes, mais sa grille de sélection en escalier n’est pas très agréable à négocier. Au moins, bon point pour la sécurité, Suzuki a résisté à la tentation du bouton poussoir de démarrage et offre toujours un commutateur rotatif à l’endroit habituel, même si l’opération se réalise sans clef.

En roulage, la suspension est confortable, la coque est très solide et dépourvue de tout couinement, même avec une roue dans les airs, et ce 4x4 offre un sentiment général de grande qualité. La direction à assistance hydraulique n’inspire pas de commentaires, mais le freinage pourrait être moins sensible : les quatre disques ventilés sont puissants, c’est certain, mais il n’est pas nécessaire que l’assistance de freinage en fasse la démonstration à chaque
arrêt… Finalement, en usage urbain et hivernal, ce Grand Vitara a demandé 15 l/100km, ce qui n’est pas si mauvais dans les circonstances. Les cotes officielles sont de 12,5 en ville, et 8,6 sur la route.

Beaucoup plus civilisé que ce que ses modestes origines ne laissent supposer, très bien équipé et doté d’un habitacle convivial, en plus d’être capable de prouesses en conduite hors route, le Grand Vitara ne pêche réellement que par ses performances modestes. Enfin, ses tarifs très raisonnables sont une surprise dans cette catégorie où l’offre pullule, mais comme la grande majorité des VUS offerts ne sont pas aussi aguerris que lui pour la conduite sur les routes non pavées, le Grand Vitara est en quelque sorte le seul de sa trempe.

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